Chirac, Raffarin : un festival nul !
lundi 14 juillet 2003
Le 14 juillet, Chirac répondait à la traditionnelle interview. Un peu plus d’un an après sa réélection, cela aurait pu être l’occasion pour le président de la République de se féliciter de l’avancée de ses « réformes ». Mais pour Chirac et Raffarin, les derniers mois n’ont pas été au beau fixe : leur calendrier a été bien secoué.
Ils prétendaient « sauver les retraites ». En allongeant les durées de cotisations, en programmant la baisse des pensions ! Mais pendant 3 mois, la rue a contesté les projets iniques de Fillon, par la grève, par les manifestations. Enseignants, cheminots, salariés du public et du privé ont fait savoir qu’ils refusaient de voir leur retraite sacrifiée.
Autre réforme phare : la décentralisation… A l’Education nationale, les personnels ont bien vu les dangers d’un désengagement financier de l’Etat et se sont mobilisé largement.
Sans oublier le référendum en Corse : le « Non », c’est d’abord un rejet de la politique de Chirac-Raffarin sur les retraites et l’Education nationale, largement contestée dans les rues de l’île.
Juillet n’est même pas la pause des luttes sociales. Pour le MEDEF et le gouvernement, il n’y a pas de trêve estivale pour les mauvais coups : fin juin, ils se sont attaqués à l’assurance-chômage des intermittents du spectacle. Les intermittents, eux, n’ont pas chômé dans leur mobilisation pour se défendre.
Si tant de travailleurs du spectacle, artistes, techniciens, ouvriers, se retrouvent dans ce statut d’intermittent, précaire, c’est que depuis des années des grandes sociétés, entre autres de production ou de télévision se sont débarrassées de leur personnel permanent pour les remplacer par des intermittents. Le patronat, qui a créé cette situation, en utilisant le travail précaire, se plaint aujourd’hui que c’est encore trop cher et prévoit de précariser encore davantage les intermittents, en excluant une partie des bénéficiaires de ce statut.
Alors certains grands festivals ont été annulés. Les grands médias parlent de « catastrophe » ou de « cataclysme ». Les intermittents sont accusés de « prendre en otage » le public, tout comme les cheminots ou les enseignants il y a quelques semaines. Mais les véritables kidnappeurs, les véritables voleurs, ce sont ceux qui exploitent le travail précaire, ceux qui licencient, et qui, finalement, refusent d’assumer le coût du chômage ! Quand le MEDEF et le gouvernement parlent de liberté du travail, c’est de liberté d’abaisser les revenus des travailleurs, de liberté de licencier. Le mouvement des intermittents montre que du côté de ceux qui produisent les richesses - même les richesses culturelles - on ne compte plus se laisser faire.
Malgré la contestation, Chirac et Raffarin continuent à préparer des mauvais coups contre les travailleurs, à mener une politique en faveur du patronat. Il y a les privatisations à venir d’Air France, France Télécom, EDF et GDF. Mais aussi la réforme de la sécurité sociale : moins de prestations seraient remboursées, dans la foulée des déremboursements de certains médicaments. C’est une remise en cause de la sécurité sociale et la porte ouverte aux assurances privées qui se profilent. A nouveau, c’est au nom du déficit des budgets sociaux que la prétendue réforme serait justifiée. Mais, pourquoi les travailleurs seraient-ils encore tenus de payer ? Les fameux « trous » de la sécurité sociale ont pour première cause le chômage et les bas salaires, qui signifient d’autant moins de rentrées dans les caisses sociales.
Précarité, bas salaires, retraites, sécurité sociale : tous les problèmes qui se posent au monde du travail sont liés. Le gouvernement de Chirac est toujours à l’offensive contre les travailleurs, mais il rencontre une résistance certaine et elle ne doit pas se relâcher. Bien sûr, jusque-là, le mouvement contre la réforme des retraites n’a pas été victorieux. Mais la contestation sociale est toujours dans l’air. Et si elle devient un mouvement d’ensemble avec une généralisation des luttes, une véritable contre-offensive du monde du travail, elle peut abattre bien des bastilles : c’est la leçon d’un certain 14 juillet…