Faisons de la journée mondiale de manifestations du 15 mars un immense veto populaire contre la guerre
lundi 10 mars 2003
En déposant un ultimatum contre l’Irak pour le 17 mars, sans tenir aucun compte du rapport des inspecteurs, Bush et ses alliés ne font même plus semblant de chercher un prétexte pour déclencher leur guerre. Ils confirment ainsi ce qu’on sait déjà depuis longtemps, en Palestine ou ailleurs : que l’ONU, ses commissions, ses rapports et ses résolutions ne sont qu’une mascarade destinée à amuser la galerie et à camoufler, quand c’est possible, la loi du plus fort imposée par les grandes puissances impérialistes. Les vraies décisions sont prises ailleurs.
Ce ne sont donc certainement pas les débats du conseil de sécurité qui empêcheront la guerre. Chirac par son petit jeu diplomatique voudrait se faire passer pour le défenseur du peuple irakien. La France en 1990 avait participé à la précédente guerre contre l’Irak qui fit plus de 150 000 morts et a dévasté toutes les infrastructures nécessaires à la vie des civils. Depuis lors, la France a-t-elle usé de son droit de veto à l’ONU contre l’embargo impitoyable qui prive les Irakiens de nourriture et de médicaments, avec comme résultat plus d’un million de victimes en 12 ans, essentiellement des enfants ?
Tout autant que son prédécesseur, l’actuel président de la république se moque du sort de la population civile irakienne. Il y a vingt ans, quand l’armée irakienne menait une guerre contre l’Iran - une véritable boucherie - ou écrasait dans le sang les révoltes du peuple kurde, Chirac et d’autres politiciens soutenaient la dictature de Saddam Hussein, en lui fournissant des armes et même une centrale nucléaire.
Aujourd’hui les dirigeants français se préoccupent surtout de négocier la part du pétrole et des marchés irakiens qui leur reviendraient en cas de renversement du régime de Saddam Hussein. Et au cas où la posture de Chirac écarterait les trusts français de la curée, celui-ci espère qu’ils se rattraperont en récupérant des marchés ailleurs, notamment dans les autres pays arabes. En Irak comme en Côte d’Ivoire, l’Etat français mène avec cynisme ses marchandages sur le dos des peuples pauvres. Qu’il use ou non du veto, Chirac pourrait changer d’avis du jour au lendemain et se rallier à la guerre si les Etats-Unis accordaient aux grands trusts français ce qu’ils convoitent. D’ailleurs il ne manque pas une occasion de rappeler qu’il n’exclut pas la guerre en dernier recours. Il peut aussi laisser la guerre se déclencher, sans y participer mais sans avoir rien fait pour l’éviter réellement. Cela ne l’empêcherait pas forcément de participer ensuite à une force militaire d’occupation pour aider Bush à imposer une nouvelle dictature à Bagdad.
Ce qui peut plus sérieusement gêner les projets militaires des Etats-Unis, c’est l’ampleur de la mobilisation populaire qui s’est révélée le 15 février. Même à New York, plus de 100 000 personnes ont bravé l’interdiction de manifester, et au total dans les villes du monde entier, nous étions une dizaine de millions à défiler. Cela démontre au moins que même en Occident, une large partie des opinions publiques est opposée à la guerre. Contre le nouveau carnage qui se prépare, il faut que ce refus se concrétise par des mobilisations encore plus massives.
Cela n’empêchera peut-être pas les frappes de commencer - d’ailleurs les bombardements alliés en Irak ne se sont jamais totalement interrompus depuis 1990. Mais si la guerre s’engage, il sera important de montrer au peuple irakien que ce massacre ne peut s’accomplir en notre nom, que la population des pays occidentaux n’est pas solidaire de cette agression.
En entraînant nos proches, nos collègues de travail, de lycée ou d’études, et tous ceux qui refusent que le monde soit mis à feu et à sang par les armées impérialistes et les multinationales du pétrole, descendons dans la rue le 15 mars pour adresser, nous aussi, un ultimatum à Bush et ses alliés !
Et le jour où la guerre commence manifestons partout pour exprimer notre colère, notamment à l’appel de nombreuses organisations le soir même à Paris Place de la Concorde, près de l’ambassade américaine.