Pas en notre nom !
lundi 10 février 2003
Le 5 février, l’administration Bush a présenté les fameuses « preuves » contre l’Irak qu’elle promettait depuis des semaines. Pendant une heure et demie, le secrétaire d’Etat américain Colin Powell a montré de vagues photos aériennes, diffusé des bouts d’enregistrements téléphoniques, agité une bouteille d’anthrax au-dessus de sa tête… Bref, il s’est échiné à démontrer que Saddam Hussein disposerait d’un arsenal d’armes de destruction massive, et représenterait une menace mondiale.
Evidemment, personne ne peut dire que le dictateur irakien ne possède pas de telles armes. Mais vu l’embargo qui étrangle le pays depuis dix ans, il a toutes les chances d’être parmi les chefs d’Etat les moins équipés du monde. Bien moins en tout cas que ses accusateurs du Conseil de sécurité de l’ONU. Les USA, la Grande-Bretagne, la France expliquent bien que les armées irakiennes n’hésiteraient pas à se servir de moyens de destruction de masse. Mais qui a massacré plus de 100 000 Irakiens lors de la dernière guerre du Golfe, sinon ces prétendus garants de la paix mondiale ? Qui a ensuite imposé à l’Irak un embargo qui a tué près d’un million de personnes, dont la moitié d’enfants ? Et qui se prépare froidement à recommencer la boucherie dans les jours qui viennent ?
Certes, on est sûr que Saddam Hussein en a eues, des armes de destruction massive, il y a une vingtaine d’années. Et pour celles-là, les accusateurs occidentaux n’ont pas besoin de preuves, puisque ce sont eux qui les ont fabriquées et vendues au dictateur. A l’époque, l’Irak était présenté comme un rempart laïc contre l’islamisme venu d’Iran, et les marchands de canons, français notamment, avaient fait de grosses affaires avec lui. Les Etats-Unis et l’Europe n’avaient pas grand-chose à redire alors à ce qu’il massacre son propre peuple ou qu’il gaze ses minorités, comme les Kurdes. Chirac déclarait plutôt que Saddam Hussein était « un grand ami de la France ».
Mais vingt ans après, l’actuel isolement du régime de Bagdad, même voulu par les puissances impérialistes, les empêchent d’avoir avec lui des relations « normales », c’est-à-dire de le piller tranquillement. Et il y a trop de richesses en Irak pour que la situation s’éternise. Le pétrole du pays, qui constitue la deuxième réserve mondiale, justifie bien pour les pillards de « l’axe du bien » les 100 milliards de dollars qu’ils s’apprêtent à brûler dans la guerre. Pendant que les populations seront massivement bombardées, les plans d’attaque du Pentagone prévoient de sécuriser au plus vite les champs pétrolifères, au prétexte bien sûr de les préserver pour le peuple irakien.
Et puis, outre le pétrole, l’expédition coloniale en Irak est encore censée permettre aux impérialistes de renforcer leur domination politique sur la région. Colin Powell a ainsi déclaré : « il est possible qu’un succès en Irak puisse remodeler fondamentalement cette région d’une manière positive, qui fasse progresser les intérêts américains ».
La France, jusqu’à présent, continue à exprimer des réticences à propos de cette guerre. Il est vrai que les soudards de l’impérialisme français ont déjà fort à faire pour protéger les intérêts des capitalistes tricolores en Côte-d’Ivoire ! Mais pendant que Chirac affiche des airs d’indépendance, le porte-avions nucléaire « Charles-de-Gaulle » se rapproche du Golfe. Et il y a fort à parier que, lorsque les choses décisives se joueront, l’Etat-major français alignera quelques troupes pour rester sur les rangs des prétendants aux richesses irakiennes. Bouygues, TotalFinaElf et d’autres ont fait de trop belles affaires depuis la dernière guerre du Golfe pour ne pas vouloir profiter de la prochaine.
Pour ce massacre programmé en Irak, à nous aussi on présentera la facture. Nous devons faire entendre notre voix ! Nous devons montrer aux peuples de tous les pays que nous ne sommes pas complices des crimes de nos dirigeants !
Soyons nombreux à la manifestation internationale contre la guerre,
samedi 15 février, 14h à Paris, place Denfert-Rochereau !