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Sécu : la « maladie grave », c’est la loi du fric

lundi 4 novembre 2002

Pour le gouvernement, à l’avenir, si on est malade, il y aura intérêt à l’être gravement. La semaine dernière, à l’Assemblée nationale, lors de la discussion du projet de loi de financement 2003 de la sécurité sociale, les personnels de l’équipe Chirac-Raffarin ont précisé leurs plans. Le président des députés UMP, Barrot, a déclaré qu’en ce qui concerne les remboursements maladie, il faudrait « différencier risques lourds et petits risques », et qu’il conviendrait « de responsabiliser les Français sur les petits risques ». En clair : pour les maladies graves, l’Etat se résignera à faire rembourser les soins par la Sécurité sociale ; mais pour celles que Barrot ou ses semblables choisiront de qualifier de « pas graves », il faudra être cotisant d’une mutuelle ou d’un fonds d’assurances privé. Tant qu’ils y sont, ils pourraient aussi nous expliquer qu’il suffira d’attendre que cela devienne grave !

Voilà pour le projet général, celui que par petits bouts ou d’un seul coup, ils comptent bien faire passer. Mais dès l’année prochaine, il est déjà prévu d’une part le déremboursement de 835 médicaments, considérés comme non essentiels, et d’autre part de moins rembourser les autres, en prenant pour base le prix des médicaments génériques. Le budget des hôpitaux augmentera de 5 % (à comparer avec les 11% en plus pour les équipements militaires), mais la Fédération des hôpitaux de France estime qu’il faudrait 6 % rien que pour ne pas aggraver la pénurie actuelle. Un inquiétant manque de médecins ou d’infirmières est prévu pour 2015 ? On nous explique qu’on pourra toujours imposer des heures supplémentaires, ou même rappeler des retraités !

Bien sûr Barrot ou son compère Mattei, le ministre de la santé, nous jurent, main sur le cœur, que tout cela n’a d’autre but que de « sauver le système solidaire et juste » de la Sécu. Lequel serait selon eux gravement menacé par son déficit. Depuis le temps que les différents gouvernements, droite-gauche-droite, avant même le Juppé de 1995, nous serinent la chanson… Les comptes qu’ils nous présentent ont la couleur qu’ils veulent leur donner ; mais même s’il est vrai que les déficits prévus pour 2003 sont de 7 milliards d’euros, d’où vient ce « trou » ?

Depuis des années, les cotisations patronales diminuent au profit de la part payée par la population. Les gouvernements soignent les patrons. Il en est ainsi de la dernière augmentation de taxes sur les bières et le tabac : « mesure de santé publique » prétend le gouvernement, mais elle va surtout permettre un allégement de presque 20 milliards en cotisation sociale pour les patrons ! Et ceux de l’industrie pharmaceutique ne sont pas oubliés : ces trusts – dont les profits ne sont pas malades du tout, ni gravement ni légèrement – pourront désormais fixer comme ils l’entendent le prix de leurs nouveaux produits.

Une des principales raisons de la diminution des rentrées de la Sécu, d’après la Cour des comptes elle-même, c’est l’augmentation du chômage et la stagnation des salaires. Les derniers chiffres officiels indiquant que le chômage n’aurait pas progressé en septembre, il n’en a pas fallu davantage à Raffarin pour s’écrier : « la route de l’espoir est ouverte ! » Même si c’est la première fois après quinze mois de hausse. Même si depuis un an, l’augmentation est de 6,7 %. Même s’il y a eu 150 000 licenciements économiques au premier semestre 2002 et si la précarité augmente. Et quel crédit accorder à ces chiffres quand on apprend que de plus en plus de chômeurs ne sont même plus recensés ? Il y a 72 % d’augmentation des radiations depuis un an…

Si on laisse faire le tandem patronat-gouvernement, c’est notre situation à tous qui va s’aggraver, et pas seulement ceux dont l’emploi est menacé. Les leaders syndicaux ont protesté contre les projets de Barrot-Mattei, mais sans proposer d’initiative pour s’y opposer vraiment ou, comme Blondel, en repoussant l’échéance à après les élections prud’homales du 11 décembre ! Le gouvernement, lui, n’attend pas. Puisqu’il dit aimer les mots « solidaire » et « juste », il va bien falloir lui rappeler, comme en 1995, ce qu’ils veulent vraiment dire : tous ensemble, mais contre lui.