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Suivons plutôt l’exemple des ministres que leurs conseils !

lundi 23 septembre 2002

En quatre mois, Alcatel a annoncé la suppression de 19 000 emplois. Dix mille en juin, et encore neuf mille la semaine dernière. Au total, le groupe devrait passer de 113 000 personnes en 2000 à 60 000 fin 2003. Et Alcatel n’est pas le seul. De nombreuses plus petites entreprises licencient : Thalès Avionics annonce la fermeture d’une unité de 600 salariés ; près de Longwy, Daewoo licencie 229 travailleurs ; la Sogerma (aéronautique) supprime 322 emplois sur 1250 à Mérignac… Sans compter les emplois d’intérimaires, comme à Renault Sandouville où 900 sur 1800 vont être supprimés.

Le nouveau gouvernement, comme le précédent d’ailleurs, donne sa bénédiction aux patrons coupeurs de têtes. Raffarin prétend certes annoncer cette semaine un « budget pour l’emploi ». Mais on ne peut pas dire qu’il donne l’exemple : les entreprises publiques ne sont pas beaucoup mieux loties que celles du privé ! La direction de la SNCF vient d’annoncer le gel de mille embauches pour cette année. France Télécom veut supprimer 7000 emplois. Le statut des employés des impôts est de plus en plus remis en cause, de même qu’à La Poste, Air France, EDF, GDF ou la Snecma, avec en toile de fond les vieilles menaces de privatisations.

L’emploi n’est pas la seule raison d’être en colère : du côté des salaires, c’est l’austérité qui continue. Certes, une catégorie d’employés de l’Etat a eu droit à des augmentations substantielles : +70 % pour les ministres ! Mais les smicards n’auront pas le même traitement : sous prétexte d’harmoniser les cinq SMIC créés par les lois Aubry en les alignant sur le plus haut, le gouvernement veut supprimer une partie de son indexation pendant au moins trois ans ! Et pour faire bonne mesure pour les patrons, Raffarin prend prétexte de ce nivellement des SMIC pour offrir de nouvelles baisses des charges. Bref, les 4 milliards d’euros que le gouvernement promet « d’injecter dans l’économie », on sait dans quelles poches ils vont finir.

Pour justifier sa politique d’austérité, le gouvernement répète que les finances de l’Etat vont mal, et il commence d’ailleurs à nous ressortir la chanson du « trou de la Sécu ». Pas d’argent dans les caisses ? Mais alors, d’où viennent les 15 milliards d’euros prévus pour le budget de la défense d’ici 2003 ? Les 3 milliards du nouveau porte-avions en construction ? Des moyens, le gouvernement sait en débloquer rapidement quand il s’agit d’envoyer l’armée en Côte-d’Ivoire protéger les intérêts de l’impérialisme français. Par contre, pour ce qui est de l’emploi et des salaires…

Mais le gouvernement a quand même des propositions pour ceux qui se plaignent de la minceur du portefeuille. Ce sont les heures supplémentaires. Avec la nouvelle loi Fillon, les patrons pourront en imposer 180 par an : de quoi revenir franchement à une moyenne hebdomadaire de 39 heures. Avec en plus encore davantage de flexibilité. Merci Aubry, merci Fillon : un vrai travail d’équipe ! Ce n’est de toute façon pas avec ces heures supplémentaires qu’on améliorera beaucoup la fiche de paye. Elles ne seront majorées que de 25% au maximum, et 10% pour les PME. Alors, si Chirac a le culot de dire : «  il faut permettre à ceux qui veulent gagner plus de travailler plus », « il faudrait surtout permettre de gagner plus à ceux qui travaillent déjà beaucoup », comme lui a répondu le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault !

La CGT d’ailleurs, et les autres syndicats avec, on aimerait les entendre et surtout les voir plus souvent, en cette rentrée sociale où les mauvais coups du patronat comme du gouvernement ne font visiblement que commencer. Pour l’instant, les différentes confédérations syndicales ont paru surtout préoccupées des prochaines élections prud’homales… Il y a pourtant une riposte à construire, sans attendre. Des premiers rendez-vous sont certes pris : le 3 octobre, manifestation contre les projets d’ouverture du capital d’EDF, GDF, Air France et d’autres entreprises publiques ; puis en novembre, à l’appel des cheminots. Et il faut qu’ils soient une réussite. Mais il n’y a qu’en faisant converger tous les mouvements dans une lutte d’ensemble que nous pourrons faire ravaler leurs attaques aux patrons et à leurs valets politiques.