Les terroristes de « l’axe du bien »
lundi 16 septembre 2002
Au moins 80 000 morts : c’est le bilan de la guerre contre l’Irak. Celle qui a eu lieu il y a 11 ans, et que veulent reprendre aujourd’hui les mêmes grandes puissances. Reprendre ? Plutôt intensifier : depuis 1991, les bombardements contre l’Irak n’ont jamais réellement cessé. Et l’embargo imposé à la population irakienne a fait bien plus de victimes encore que les bombes. Des centaines de milliers d’enfants, notamment, sont morts faute de nourriture ou de médicaments.
Pour justifier ses projets de massacres, le chevalier Bush, chef de « la croisade contre l’axe du mal », tente de présenter ses futures victimes comme une menace contre la planète. Se basant sur de vagues photos de hangars militaires irakiens, il répète que l’Irak pourrait être sur le point d’avoir l’arme atomique, « ou au moins dans un an », « si elle parvenait à se procurer les ingrédients nécessaires » (malgré l’embargo !). Alors, Saddam Hussein nouvel Hitler ? Ce qui est sûr, c’est qu’il existe des puissances qui, aujourd’hui, possèdent un arsenal bien plus monstrueux que celui qui est reproché à l’Irak, des puissances qui menacent effectivement de massacrer des milliers d’innocents et de déstabiliser tout le Moyen-Orient. Mais elles s’appellent USA, Grande-Bretagne ou France.
La guerre qui se prépare n’a sûrement pas pour but de lutter contre le terrorisme : tout le monde sait qu’elle risque de l’alimenter. Ni d’« assurer le triomphe de la liberté », comme l’a encore dit Bush. Au contraire, elle vise à renforcer la mainmise de l’impérialisme sur le monde. D’abord le pétrole irakien représente un important enjeu économique. Et puis, il y a les objectifs politiques : depuis les attentats du 11 septembre 2001, l’impérialisme américain cherche à réaffirmer son autorité sur l’ensemble de la planète, à briser la volonté de tous ceux qui d’une façon ou d’une autre voudraient s’opposer aux intérêts de ses capitalistes. La guerre contre l’Afghanistan a été un premier coup de massue. L’offensive en Irak pourrait être le deuxième.
Face aux promesses guerrières du gouvernement américain, les Etats européens, la France en particulier, brillent par leur hypocrisie. Les chefs des petits impérialismes font semblant de rechigner. Un Chirac n’a pas forcément envie de prendre son opinion publique à rebrousse-poil, ni d’avoir l’air d’obéir au Pentagone comme un petit chien. Et puis, il faut dire que la France a réussi à prendre une bonne part du gâteau dans l’opération « Pétrole contre nourriture » qui permet de continuer à faire des affaires avec l’Irak ; et rien ne dit que les patrons français conserveront leur position après un changement du régime irakien… Mais ces simulacres d’indépendance ne résisteront sans doute pas longtemps si Bush attaque effectivement. Comme l’avait dit Mitterrand pour justifier sa participation à la guerre en 1991, « la France doit garder son rang » : l’impérialisme français a bien l’intention de rester dans la meute !
Nous n’avons donc aucune raison de céder à l’intoxication guerrière des Bush, Chirac et consorts. Leurs guerres se mènent contre les peuples, tous les peuples, y compris contre nous. Au nom de la lutte contre le terrorisme, les budgets militaires des grandes puissances ont encore augmenté : +6% en France pour 2003, soit près de 15 milliards d’euros pour des engins de mort, dont un nouveau porte-avions à 3 milliards d’euros ! Autant de raisons de nous expliquer après qu’il n’y a plus d’argent pour les hôpitaux, l’éducation ou les services publics ! Autant de prétextes à l’austérité, pour nous dire qu’on ne peut pas augmenter nos salaires ! Aux Etats-Unis, les discours patriotiques et guerriers ont été bien utiles aux patrons pour faire passer les plans de licenciements, les blocages des salaires, comme les subventions massives de l’Etat aux actionnaires privés.
Mais nous ne sommes pas obligés de marcher au pas, ni de sacrifier nos intérêts au nom d’un prétendu intérêt national qui n’est que celui des riches. Aux USA justement, des ouvriers de Boeing sont en conflit pour leur emploi et leurs retraites. De ces combats-là, oui, nous devons en être solidaires !