Ioulia Timochenko : la figure de la lutte contre la corruption rattrapée par les affaires… de corruption
samedi 8 mars 2014
Ioulia Timochenko, c’est l’oligarque entrée en politique. En 1988, à la faveur de la Perestroïka, elle ouvre une coopérative familiale, revendue en 1991 pour fonder une nouvelle compagnie vendant de l’essence aux agriculteurs de Dniepropetrovsk. En 1995, cette compagnie se lance dans le négoce du gaz sous le nom de Systèmes énergétiques unis d’Ukraine (SEUU), en partenariat avec Pavlo Lazarenko. Ce dernier, devenu vice-Premier ministre chargé de l’énergie, privatise le gaz et privilégie SEUU dans l’attribution des quotas d’approvisionnement. En 1997, la compagnie fournit 80 % du gaz ukrainien et s’élargit à d’autres secteurs (banques, métallurgie, machines-outils, aéroports…). Le groupe pèse alors un huitième du PIB ukrainien.
À partir de 1997, Pavel Lazarenko tombe en disgrâce, ses ennuis judiciaires commencent. Il est arrêté en 1999 aux États-Unis et condamné pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. En 2001, Ioulia Timochenko est elle-même mise en accusation pour avoir importé frauduleusement du gaz russe en 1996.
Sa carrière politique avait commencé en 1996 comme députée avant de devenir, en 2000, ministre chargée de l’énergie. Mais sa gloire est arrivée en janvier 2005 quand, à la faveur de la révolution orange, elle est devenue Premier ministre. Évincée au bout de 7 mois, elle retrouve le poste en 2007 jusqu’à l’élection de l’actuel président ukrainien Ianoukovitch en février 2010.
En 2011, elle est condamnée à 7 ans de prison pour « abus de pouvoir », suite à un accord gazier passé avec la Russie et jugé préjudiciable à l’Ukraine, elle, l’égérie du clan de la bourgeoisie dite pro-européenne ! Ses vieilles affaires la rattrapent également : elle est poursuivie pour détournement de fonds, dissimulation de revenus et évasion fiscale, ainsi que pour le meurtre d’un concurrent, Yevhen Chtcherban, en 1996.
À la faveur de l’accord signé le 22 février entre le gouvernement et l’opposition sa libération a été décidée. Il est vrai qu’elle n’est pas plus corrompue que les tenants actuels du pouvoir.
M.S.