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Stages non rémunérés : un scandale déjà ancien

samedi 16 novembre 2013

« Sous-prolétariat… sans aucun droit »… En 2005, le collectif Génération précaire dénonçait déjà la situation révoltante des stagiaires et réclamait une rémunération minimale. Sous la pression de la rue (manifestations contre le CPE), le gouvernement Villepin publiait un décret stipulant qu’un stagiaire ne doit pas remplacer un salarié pour un travail permanent. Sous Sarkozy, une loi instaurait l’obligation d’une rémunération au-delà de deux mois de stage contre trois mois auparavant. Cette « gratification » est actuellement de 436,05 euros minimum par mois (30 % du Smic). La loi Cherpion de 2011 interdit les stages de plus de six mois dans la même entreprise au cours de la même année scolaire : mais deux ans plus tard, le décret d’application n’est toujours pas publié…

Bénévolat forcé

Le chômage a fait exploser le nombre des stagiaires, passant de 800 000 en 2006 à 1,6 million, soit le double, en 2012 (rapport du Conseil économique et social de septembre 2012). Lesdits stages sont le plus souvent du sous-emploi masqué ou la salle d’attente avant le chômage. Pour beaucoup de jeunes à la recherche d’un emploi, ils ressemblent à du bénévolat forcé, accepté dans l’espoir de décrocher une embauche. Les patrons font de ces stagiaires parfois très qualifiés une main-d’œuvre corvéable, gratuite ou sous-payée, en tournant les lois pour mieux profiter de l’aubaine. L’été surtout, certaines PME comptent plus de stagiaires que de salariés ! Dans les banques, c’est la saison où l’on constate une hausse des stages et une baisse des CDD. Autre exemple récent : le magazine Elle propose 12 stages entre janvier et juin 2014, alors que la société annonce par ailleurs un plan social ! Pour remplacer les licenciés par des stagiaires ?

La fin du scandale ?

Pas vraiment, au vu des mesures prises par le gouvernement Ayrault.

Ces mesures, tout à fait insuffisantes et sans le financement ad hoc, sont assorties d’une promesse de réforme des stages, annoncée pour « avant la fin de l’année » par la ministre de l’Enseignement supérieur. Comme celle de fixer un quota maximum de stagiaires par entreprise. Dans certains secteurs comme la publicité, il y a couramment 10 ou 15 % de stagiaires. Mais les patrons s’insurgent déjà contre ce projet de limitation. Et le gouvernement s’apprête à mettre de l’eau dans son vin, parle de ménager les PME, lesquelles ont bon dos, comme d’habitude…

25 octobre 2013, Charles BOSCO

Mots-clés Société