Ni Front national, ni Front républicain : Aux travailleurs de construire un front des luttes
lundi 14 octobre 2013
À Brignoles, dans le Var, c’est finalement le Front National qui l’emporte aux cantonales avec 53,9 % des voix. Ce que les scores montrent, en fait, c’est moins la progression fulgurante du FN qu’un duel « 100 % à droite ». Un duel auquel le PS a gentiment participé au nom de ce qu’il appelle le « Front républicain ». Autrement dit une « solidarité républicaine » avec cette droite qui demande au gouvernement d’en faire encore plus pour écraser les travailleurs. Comme si le gouvernement ne s’était pas déjà assez aplati devant les exigences du grand patronat.
Oui, c’est vrai, il n’y a plus de différence entre cette gauche au gouvernement et la droite. Mais ceux qui se disent qu’il n’y a qu’à « essayer » l’extrême droite se mettent sacrément le doigt dans l’œil électoral. L’extrême droite mènerait une politique tout aussi radicale contre le monde du travail.
En revanche, il y aurait une politique radicale à mener contre cette bourgeoisie et le grand patronat qui multiplient les charrettes de licenciements pour démultiplier leurs dividendes. De cela, la famille Le Pen ne parle jamais. Oui, il serait vital que les salariés fassent enfin irruption sur la scène politique pour que ce soient eux qui imposent leurs exigences et non tous les repus du CAC 40. C’est loin d’être utopique. Il suffirait de nous coordonner, de centraliser nos protestations aujourd’hui dispersées. Mieux vaut leur faire craindre de casser la baraque capitaliste, que se défouler à perte sur la petite vaisselle électorale.
« Tous les mêmes » … que le Front national ?
En attendant, on assiste surtout à une sale comédie politicienne : c’est à qui, des dirigeants UMP et PS, concurrencera le mieux le Front national dans sa haine anti-pauvres et anti-immigrés. Valls, Copé, Fillon et Le Pen nous servent le même ragoût avarié.
Pour l’heure, c’est le gouvernement qui mène la guerre la plus dure contre les immigrés. 8 jours après les 300 morts de Lampedusa, pour lesquels François Hollande n’a pas fait la moindre déclaration, ce sont 33 personnes, notamment des Syriens, qui viennent encore de perdre la vie, toujours au large de Malte. On fait tout pour refouler ceux qui fuient la misère, la guerre et les tortionnaires, mais pas les oncles de dictateurs pleins de fric, amis ou anciens amis de la France, comme celui de Bachar el-Assad avec son patrimoine immobilier parisien.
Valls se pavane dans toutes les villes en affirmant que son ministère a expulsé autant d’étrangers en « situation irrégulière » que sous Sarkozy. Il se vante que l’aide au retour pour les résidents européens, qui était auparavant de 300 €, soit passée à 50 €. Pour les migrants expulsés hors d’Europe, la somme a été divisée par quatre. Une arme contre le FN, cette guerre contre les immigrés que le FN rêverait lui aussi de mener au gouvernement ?
Toute cette démagogie consiste à désigner comme bouc émissaire le voisin ou le plus pauvre que soi, faute de s’en prendre collectivement aux exploiteurs et licencieurs.
En attendant ce sont les patrons qui se sentent les coudées franches, pour licencier, fermer les sites, supprimer des emplois, imposer leurs accords de compétitivité à PSA, Alcatel-Lucent, Heuliez, aux abattoirs GAD, où 889 emplois sur 1 700 doivent être supprimés, le site fermé, et où les cochons ne sont décidément pas ceux qu’on croit.
À chaque fois, les salariés réagissent, protestent, manifestent leur colère. Mais ce qui est rageant, c’est de voir ces mobilisations locales se succéder au fil des jours, des semaines et des mois, sans jamais se rejoindre. Il n’y a pourtant pas de fatalité à cet émiettement de la combattivité ouvrière. Laissons aux aveugles le défouloir pro-FN dans l’isoloir. Quitte à « essayer » une véritable politique, c’est à cette convergence de nos forces qu’il faut s’atteler.