Vive le printemps turc !
lundi 10 juin 2013
Vendredi 31 mai, la colère a explosé à Istanbul : des dizaines de milliers de manifestants campent sur la place Taksim et affrontent la police.
L’étincelle à l’origine de cette explosion : un campement opposé à un projet immobilier condamnant à la destruction un parc attenant à la place Taksim. Les habitants du quartier, indignés par la répression policière, ont rejoint les occupants. En l’espace de 24 heures des manifestations impressionnantes ont eu lieu dans tout le pays. Les manifestants réclament la démission du gouvernement islamiste prétendument « modéré » qui brandit le miracle de la croissance et feint d’oublier que celle-ci s’est construite sur une exploitation accrue des travailleurs de Turquie. Et tout y passe, du ras-le-bol de la pression religieuse et moralisatrice à celui de la matraque des flics, en passant par l’exigence de laïcité, de la liberté de mœurs et du droit à l’avortement, etc.
Le 1er mai dernier, la police était en ordre de bataille pour empêcher la manifestation syndicale de rejoindre la place Taksim. Le gouvernement craignait que la rencontre de dizaines de milliers de travailleurs avec les opposants au projet immobilier ne devienne explosive. Mais aujourd’hui c’est ce scénario qui pourrait bien se produire, dans l’autre sens, et à une toute autre ampleur. Partie de la place Taksim, la contestation s’est généralisée.
La classe ouvrière turque a participé à une succession de mouvements de grèves ces derniers mois. Elle n’était pas en tant que telle, sur ses objectifs, présente dans les dernières manifestations d’Istanbul, même si nombre de travailleurs y participaient. Mais elle pourrait bien se saisir de ce climat général de contestation du régime pour entrer dans la danse, avec ses propres revendications politiques (notamment la liberté de s’organiser) et économiques (chômage, bas salaires, etc.). Et ne pas se contenter alors d’un changement à la tête du régime.
Après l’assassinat de Clément, jeune militant étudiant, Combattre l’extrême droite et ses idées
Clément, jeune de 18 ans, militant antifasciste et syndicaliste étudiant, a été assassiné mercredi dernier 5 juin, frappé à mort par une bande de nervis d’extrême droite.
Depuis quelques temps les petits groupes d’extrême droite, plus ou moins proches de Marine Le Pen ou en tout cas de ses idées, jouent des muscles pour s’en prendre à tout ce qui leur déplait. On les a vus récemment faisant de la surenchère lors des manifestations de la droite réactionnaire contre la loi sur le mariage pour tous, et jouant les provocations. Ou agressant en pleine rue des couples homosexuels à Nice ou à Paris. Sans parler des agressions racistes perpétrées par ce genre d’individus.
Tout petits groupes pour l’instant, ils sont encore loin de pouvoir s’en prendre au mouvement ouvrier ou de jouer les briseurs de grèves et agresseurs de grévistes. Mais dans la situation de crise d’aujourd’hui, c’est à cela qu’ils ambitionnent pour se rendre utiles aux patrons et gravir les échelons du monde politique. Bien difficile de compter, pour s’en débarrasser, sur un Manuel Valls qui, en multipliant les expulsions d’immigrés, alimente tous les préjugés sur le terreau desquels grandit l’extrême droite. Pas plus sur Hollande et son gouvernement qui, en menant la même politique que Sarkozy à l’encontre de la population laborieuse ou partant guerroyer en Afrique au profit des trusts français facilitent toutes les démagogies du Front National et de ses émules.
Pour éradiquer la gangrène d’extrême droite, pour combattre la progression des préjugés qu’elle colporte dans le but de gagner de l’influence, y compris dans les quartiers pauvres, en opposant les uns aux autres au nom de la France ou de la race, il faut que les travailleurs montrent leur force. Qu’ils donnent, par leurs luttes, par leur solidarité de classe, Français et immigrés tous ensemble, un espoir à la jeunesse et une issue à la crise dans laquelle le monde capitaliste nous plonge.