Les serviteurs du système
lundi 15 avril 2013
Après l’affaire Cahuzac, Hollande veut paraître reprendre les choses en main. L’heure serait donc à la « moralisation » de la vie publique. Il y a quelques années, Sarkozy prétendait rien de moins que « moraliser le capitalisme ». Du côté des présidents, qui se succèdent et décidément se ressemblent, les promesses pompeuses sont revues à la baisse.
Mais de quoi s’agit-il ? De demander aux ministres puis aux parlementaires de publier leur déclaration de patrimoine, ainsi que d’interdire l’exercice de certaines professions à ces derniers. Faisant assaut de « transparence », certains politiciens ont devancé l’obligation. La ministre Marie-Arlette Carlotti a ainsi révélé qu’elle possédait une maison et deux appartements, dont l’un en Corse… ce qu’elle appelle « le patrimoine d’un Français moyen » ! Et on apprend que François Fillon possède un manoir, ou encore que trois ministres payent l’impôt sur la fortune.
Oui ces politiciens professionnels, ministres ou parlementaires, sont des bourgeois, d’éducation ou de patrimoine. Il n’y a d’ailleurs aucun ouvrier à l’Assemblée nationale et au gouvernement. Rien de nouveau sous le soleil. Mais en matière d’argent, ces politiciens sont des petits joueurs à côté de ceux qu’ils servent, les grands capitalistes, qui n’ont pas à prendre la peine de se faire élire pour que leurs intérêts soient défendus. Ces serviteurs zélés ne font que se partager les pourboires – légaux ou non – de la bourgeoisie.
Les larmes de Caïman
La droite et l’extrême-droite comptent bien tirer parti de la situation. Mais ils traînent les mêmes casseroles, y compris le Front national, les mêmes liens avec les avocats d’affaires qui permettent de planquer son fric, aux îles Caïman ou ailleurs.
Du côté du Front de gauche, l’ex-ministre Mélenchon appelle à une manifestation pour quémander une « 6e république » et pour « donner un coup de balai », dit-il. En promettant de déplacer la poussière ? Ridicule. Ce n’est pas une sixième république bourgeoise qui nettoiera la société de l’exploitation capitaliste.
De l’argent, il y en a dans les caisses du patronat
Pendant qu’on amuse la galerie, le patronat continue sa guerre de classe contre le monde du travail. Dans bien des entreprises, en plus des licenciements, il passe à l’attaque avec l’arme du chantage à l’emploi pour faire accepter les reculs sociaux – les « accords de compétitivité –, la « loi sur l’emploi » les légalisant venant d’être votée à l’assemblée.
L’affaire Cahuzac montre simplement que ce n’est pas le fric qui manque, planqué ou non. Ces gens-là ne connaissent pas la crise. Le gouvernement qui annonce régulièrement des mesures d’austérité n’aurait qu’à se servir dans les poches de la grande bourgeoisie, mais ce n’est pas sa volonté. Alors ils font celles des travailleurs.
La bourgeoisie se divise le travail : le patronat pleure la bouche pleine et licencie à tout-va, pendant que ses hommes de main au gouvernement, formés à son image cynique et mensongère, font passer dans la loi toutes ses volontés. C’est le fonctionnement normal du capitalisme.
Il faudra bien que le monde du travail, celui dont on baisse les salaires, qu’on exploite plus durement au travail ou qu’on jette à la rue, lui qui n’a pas de gestionnaire de fortune (et pour cause !) pour mieux contourner le fisc, se retrouve à un moment donné, massivement, dans la rue. Pas pour réclamer que les mauvais coups viennent de prétendus modèles de vertu, mais bien pour les combattre et imposer nos revendications vitales.