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Tunisie : « Le peuple veut une nouvelle révolution »

lundi 11 février 2013

Ce slogan a rythmé les manifestations monstres de vendredi dernier pour l’enterrement de Chokri Belaïd. Un million quatre cent mille personnes ont accompagné sa dépouille dans ce petit pays de dix millions d’habitants, où toute l’activité économique était arrêtée à la faveur d’une grève générale appelée par le syndicat UGTT. Une démonstration de force de la classe ouvrière et de la jeunesse, dirigée contre les islamistes d’Ennahda au pouvoir depuis plus d’un an.

Un meurtre pour intimider les travailleurs

Chokri Belaïd n’était pas seulement un défenseur des droits de l’homme comme les médias le présentent ici. Militant syndical, il dirigeait une coalition de partis de gauche et d’extrême-gauche, accusée par le pouvoir d’encourager les sit-in, grèves et manifestations qui se sont multipliés depuis la fuite de Ben Ali il y a deux ans.

La mission du gouvernement islamiste était de mettre fin à cette agitation ouvrière qui gêne les affaires de la bourgeoisie tunisienne et internationale. C’est pourquoi, lors de son accession au pouvoir, Ennahda a reçu le soutien de tous les dirigeants des pays impérialistes, France en tête. Manuel Valls, a beau jeu de dénoncer aujourd’hui « l’islamo-fascisme » alors qu’à l’époque le Parti socialiste était unanime pour qualifier le nouveau gouvernement de démocratique et saluer le retour prochain d’un climat serein dans les affaires.

Si la démagogie religieuse avait suffi il y a un an pour permettre à Ennahda d’accéder au pouvoir, les prêches n’ont eu aucun effet pour mettre un terme aux combats incessants des travailleurs. Ennahda a donc choisi la manière forte, en encourageant les agissements de milices protégées par la police, les mal-nommées « ligues de protection de la révolution », chargées en fait de semer la terreur parmi les femmes des quartiers pauvres, d’attaquer les piquets de grève et les sit-in de chômeurs.

En décembre dernier, ces bandes ont attaqué le siège de l’UGTT à Tunis avec les encouragements du gouvernement, le chef du parti islamiste appelant à « lancer des avis de recherche pour purger tous les locaux de l’union syndicale ». L’assassinat de Chokri Belaïd s’inscrit dans la lignée de ces provocations directement orchestrées par le pouvoir pour faire rentrer les travailleurs dans le rang.

Retour de bâton bien mérité

Mais les explosions de colère spontanées et la grève générale de vendredi, particulièrement suivie dans les régions déshéritées du centre où les islamistes avaient pourtant fait leurs meilleurs scores il y a un an, ont révélé que la classe ouvrière est loin de céder à la terreur. Bien au contraire, c’est le gouvernement qui est en pleine crise : le premier ministre annonce un remaniement, contre l’avis du chef de son parti, lui-même opportunément réfugié à Londres.

Face à cette débâcle, la bourgeoisie tunisienne et internationale se précipite pour proposer une solution de rechange : il faudrait une « union nationale », un dialogue entre tous les partis, pour « en finir avec la violence politique ». En tête de gondole de l’opposition respectable, une alliance de partis dits démocratiques, qui regroupe en réalité des cadres de l’ancienne dictature.

Il faut une deuxième révolution

Ce n’est pas un nouvel accord conclu entre des partis bourgeois, religieux ou laïcs, au nom du « dialogue national  » qui pourrait apporter des réponses aux revendications démocratiques et sociales des Tunisiens. Alors que le patronat est à l’offensive en licenciant à tour de bras et en faisant augmenter les prix de plus en plus vite pour compenser les hausses de salaires obtenues par les nombreuses grèves, comment imaginer qu’une coalition de partis représentant ses intérêts pourrait apporter quoique ce soit aux exploités ?

Au contraire, comme le scandaient les foules vendredi dernier, il faut une deuxième révolution, sociale cette fois-ci. Pas seulement pour faire déguerpir les dictateurs du moment, mais pour en finir avec la misère et les patrons qui l’entretiennent et en profitent.