Les maîtres chanteurs
lundi 26 novembre 2012
L’air est bien connu et ne date pas d’hier : « compétitivité », « coût du travail », « concurrence internationale ». A la faveur de la crise, c’est devenu un hymne, repris plus fort que jamais par les gouvernements et le patronat. Un hymne international, car si, ici, il s’accompagne de tonitruants « made in France », c’est bien dans tous les pays, en Europe et au-delà, qu’on nous sert le même discours : « serrez-vous la ceinture et retroussez les manches ».
Un patronat de combat
En France, les négociations ont commencé entre le gouvernement, le patronat et les directions syndicales. Objectif affiché et mensonger : la « sécurisation de l’emploi ». Empêcher les licenciements ? Au contraire, les faciliter, tout comme le chômage partiel. Bref, des emplois pas plus « sécurisés » qu’ils ne sont « sauvegardés » par ces prétendus Plans de Sauvegarde de l’Emploi (PSE), cette antiphrase qui désigne aujourd’hui les plans de licenciement. En outre, pour satisfaire son appétit insatiable, le Medef a mis au menu :
- Généralisation des contrats précaires (contrats de mission ou intermittents).
- Pour les chômeurs, dégressivité de l’allocation et obligation d’accepter certains emplois.
- Accords de « maintien de l’emploi ». Autre mensonge pour obtenir un cadre légal au chantage à l’emploi, afin d’imposer des sacrifices aux travailleurs.
Le gouvernement se met en quatre pour satisfaire le patronat en voulant faire avaler aux confédérations syndicales la précarité, la baisse des salaires et la surexploitation. Tout cela, après avoir déjà racketté les classes populaires, notamment par la hausse de la TVA, afin de financer les 20 milliards de crédit d’impôts aux entreprises.
« Une proposition qu’on ne peut pas refuser », vraiment ?
Le patronat est en ordre de bataille, le gouvernement fait l’aide de camp zélé, et les directions syndicales s’abaissent à accepter de négocier sur ce terrain-là.
Mais si ces négociations visent à donner un cadre légal national aux attaques à venir, le chantage à l’emploi, lui, n’est pas nouveau.
Il y a les précédents, comme Continental à Clairoix (Oise) ou Bosch à Vénissieux (Rhône), où les concessions faites par des syndicats sur les salaires, les congés, l’organisation ou la durée de travail des salariés devaient assurer la pérennité des sites. Cela n’a pas empêché le patron de Bosch de supprimer 400 postes en cinq ans et celui de Continental de fermer le site ! Les travailleurs n’ont aucune raison d’accorder leur confiance aux patrons.
Des grévistes d’Arkema (industrie chimique) à Pierre-Bénite (Rhône) ont eux récemment refusé de céder au chantage. Pas question de faire des sacrifices ! La direction de l’entreprise prétend désormais qu’elle retire l’investissement promis, pourtant juteux pour les actionnaires, mais ce n’est pas la première fois qu’elle tente de s’en servir comme monnaie d’échange. Et la presse aux ordres d’hurler avec les loups… Ces grévistes ont bien raison, et tant mieux s’ils ont obtenu le retrait des attaques.
Chacun son modèle espagnol
Aujourd’hui, c’est Renault qui, s’appuyant sur un accord obtenu en Espagne avec à la clef des baisses de salaires et une augmentation du temps de travail, intensifie la mise en concurrence des travailleurs afin d’obtenir les mêmes reculs en France.
En Espagne, les plans d’austérité et la rapacité des capitalistes ont déjà conduit un quart de la population active et plus de la moitié des jeunes au chômage. Un modèle de compétitivité, disent les patrons !
Notre modèle espagnol à nous, ce sont les mobilisations massives de la population espagnole. Car il n’y a aucune raison de se laisser faire. En Espagne c’est presque quotidiennement que des milliers de personnes manifestent contre l’austérité, après deux grèves générales massivement suivies.
En Espagne comme en France, les patrons aidés des gouvernements se servent de l’inquiétude des travailleurs à propos de leur emploi pour aggraver l’exploitation. A notre charge de relever la tête… pour que l’inquiétude change de camp.