Sans attendre 2012…
lundi 28 novembre 2011
D’ordinaire, à quelques mois des élections, le gouvernement lève le pied sur les attaques tandis que l’opposition multiplie les promesses. Rien de tel cet automne : la guerre de classe est ouvertement dans l’air du temps !
Si le gouvernement nous fait les poches, a eu le culot d’expliquer Sarkozy, c’est pour notre bien… Ce serait au nom de l’équité qu’il s’apprêtait à infliger un jour de carence en cas de maladie aux salariés du public – et un quatrième pour ceux du privé. Puis un ministre, histoire de faire du zèle, a déclaré que tout malade est un fraudeur qui s’ignore. La gaffe était si grosse que même des députés de droite ont protesté, inquiets d’avoir pu froisser leurs éventuels électeurs. Le premier ministre Fillon a dû faire machine arrière… Mais sans excès : pas question de revenir sur l’amende pour maladie infligée aux salariés du public, ni sur l’accélération de la casse des retraites pour tous.
L’impératif moral de Sarkozy : assister les riches, racketter les pauvres !
Le gouvernement a d’ailleurs un sens curieux de l’équité : l’augmentation de 5,5 % à 7 % de la TVA dite “réduite” s’applique à tous, de l’hébergement en maison de retraite à l’hôtellerie de luxe. Or, simple exemple, voilà qu’on supprime en même temps la taxe de 2 % tout juste instaurée sur les nuits d’hôtel à plus de 200 €, qui sont ainsi les seuls logements dont les prix ont baissé !
Dans la grande distribution de mauvais coups, les « bénéficiaires » du RSA ne sont pas oubliés. A écouter Sarkozy, leur imposer quelques heures de corvées par semaine serait une sorte d’impératif moral, une façon de leur « redonner de la dignité » ! En attendant, pas un mot pour donner des leçons de dignité et de moralité aux patrons qui fraudent en grand la Sécurité sociale. Et que vaut la dignité d’un gouvernement qui a multiplié tous les obstacles bureaucratiques faisant qu’un bon tiers de ceux qui auraient droit aux allocations diverses ne parviennent même pas à les toucher ? Qui fraude et qui vole qui, dans ce cas ? Les mères seules, les chômeurs ne touchant pas leurs droits, les vieux sans ressources, les jeunes sans logement… ou le gouvernement ?
La casse de l’emploi dans tous les secteurs
En vue de 2012, Sarkozy défend l’austérité et François Hollande « veut donner du sens à la rigueur ». Cela promet ! Mais sans attendre, le patronat et l’État mènent la charge sur le terrain des suppressions d’emplois, des salaires et des conditions de travail. Certes, pas pour tout le monde : pendant que Philippe Varin, PDG du groupe automobile PSA, préparait sa récente annonce de plusieurs milliers de suppressions de postes, il envoyait une centaine de hauts cadres et de patrons de concessions profiter d’une semaine dans un “hyper-palace” de l’Île Maurice ! Peut-être pour leur donner du cœur à l’ouvrage afin d’affronter la colère des salariés de Peugeot-Citroën et de ses prestataires.
Pourtant, renfloué par l’État en 2009 puis aidé par la “prime à la casse”, le groupe PSA est loin d’être dans le rouge. Les banques BNP-Paribas et Société Générale non plus ; elles annoncent cependant des milliers de suppressions de postes. Quant au groupe nucléaire Areva, tant défendu par le Parti socialiste face aux Verts, il s’est borné à démentir un plan social, du moins en France – le genre de promesse qui tient au mieux ce que dure un gouvernement. Pour l’heure, en tout cas, la casse touche aussi l’emploi public et s’ajoute aux licenciements, les plus nombreux au total, dans les entreprises souvent trop petites ou trop peu connues pour bénéficier des projecteurs du “20 heures”.
L’offensive ne va heureusement pas sans réactions
Ainsi chez Arkema, ancienne branche chimie de Total, où le transfert gratuit de tout un secteur productif à un fonds d’investissement, recevant une centaine de millions d’euros en prime, ne passe pas : la ficelle de la préparation des licenciements est trop grosse ; plusieurs usines touchées sont parties en grève.
Une réaction salutaire, mais qui aura besoin d’être généralisée, coordonnée, pour que dans la lutte de classes l’offensive change réellement de camp.