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La lutte des peuples arabes est aussi la nôtre

lundi 7 février 2011

Après la Tunisie, la révolution arabe a atteint l’Egypte et menace sérieusement Moubarak. Au pouvoir depuis trente ans, régnant par la terreur d’un état d’urgence permanent, il semblait aussi inamovible que son jumeau tunisien. Mais la détermination des classes populaires et de la jeunesse a radicalement changé la donne en quelques jours.

Certes le dictateur s’accroche encore au pouvoir, en alternant carotte et bâton. Nomination d’un nouveau gouvernement et promesse de quitter la présidence en septembre prochain d’un côté. Coupure d’internet et des portables de l’autre. Peine perdue, mardi dernier, ils étaient plus de deux millions dans les rues de toutes les grandes villes du pays. Même sa tentative d’envoyer de véritables milices de flics en civils et de voyous rémunérés sur la place Tahrir a fait long feu. Ceux que certains médias ont complaisamment appelés les « pro-Moubarak », et que l’armée avait laissé passer avec des chevaux et des chameaux, ont dû battre en retraite. Depuis la mobilisation continue.

Fraternisation avec les soldats, défiance vis-à-vis des généraux

Devant sa profondeur et sa durée, l’état-major de l’armée a fait le choix de ne pas s’opposer frontalement au soulèvement. Une façon de garder du crédit aux yeux de la population, de préserver une position d’arbitre que le pouvoir utilisera demain contre la révolution. Mais les insurgés en ont profité pour fraterniser avec les militaires du rang : les tanks de la place Tahrir ont vite été recouverts de graffitis, utilisés comme tribunes ou pistes de danse. Pas sûr que les soldats, issus du peuple, soient disposés à tirer sur leurs frères si les généraux en donnaient l’ordre !

En haut les calculs des puissants, en bas ceux qui font l’histoire en accéléré

Face à une telle ténacité, la peur gagne les puissants de ce monde, et pas seulement les dictateurs arabes sur la sellette. Et pour cause. L’Egypte, avec ses 80 millions d’habitants dont une écrasante majorité de pauvres et une classe ouvrière qui a su mener de grandes grèves malgré la dictature, représente un énorme potentiel explosif. Les dirigeants de l’impérialisme américain eux-mêmes ont lâché le dictateur égyptien, leur allié dans la région pendant trente ans. S’ils sont si soudainement pressés de faire sauter le fusible Moubarak, c’est qu’ils craignent que la révolution engagée s’approfondisse comme en Tunisie : que les masses pauvres et parmi elles la classe ouvrière ne se satisfassent pas d’un simple changement de façade du régime et commencent à se battre pour leurs propres revendications.

Mais les calculs de ceux qui dirigent le monde peuvent tous être balayés par l’obstination de la rue. Depuis maintenant deux mois dans la région, ce sont les travailleurs et les pauvres mobilisés qui font l’histoire, à vitesse accélérée, et pas les manœuvres diplomatiques au sommet.

Le vent révolutionnaire, au-delà des frontières

Que Moubarak s’accroche ou qu’il s’en aille (le plus vite sera le mieux !), les masses égyptiennes ont intérêt à profiter de la liberté qu’elles ont d’ores et déjà conquise pour s’organiser à tous les niveaux. Pour ravitailler les quartiers pauvres, pour protéger les cortèges et se défendre contre les milices, la police et peut-être un jour pas si lointain contre l’armée. Mais aussi dans les entreprises, pour formuler et imposer les revendications de la classe ouvrière nombreuse et combattive du pays. Pour préserver la liberté de parole acquise et conquérir toutes les autres. Pour se forger de quoi prendre les rênes de la société.

Alors cette révolution, qui n’a que faire des frontières, aura la force de vaincre tous les obstacles sur son passage, de la répression la plus brutale aux pièges de la fausse « transition démocratique » ou des prétendus « gouvernements d’union nationale ». Elle s’étendra encore et mettra hors d’état de nuire non seulement les dictateurs du monde arabe et les dirigeants de l’impérialisme, mais aussi les capitalistes qui les soutiennent, les mêmes qui nous exploitent ici. La lutte des peuples arabes est aussi la nôtre !