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Un Nobel à balles réelles

lundi 12 octobre 2009

Barack Obama a reçu le prix Nobel de la paix, à la surprise générale. Récompense beaucoup trop précipitée ? En neuf mois de présidence, Obama n’aurait rien démontré selon beaucoup, trop pacifiste pour la droite américaine, pas assez pour une partie de la gauche. Lui-même s’est félicité de cette récompense : il s’y voit encouragé en tant que « commandant en chef d’un pays qui a la responsabilité de faire cesser une guerre » mais aussi « d’œuvrer sur un autre théâtre pour combattre un adversaire sans scrupules qui menace directement les Américains et [leurs] alliés. »

Les scènes de ce théâtre sont évidemment l’Irak, 6 ans de guerre et plus de 100 000 morts, avec près de 150 000 militaires américains épaulés de dizaines de milliers de mercenaires privés et de troupes alliées, et l’Afghanistan où depuis huit ans les États-Unis mènent leur prétendue « guerre contre le terrorisme ». Un concept hérité des années Bush et jamais renié par Obama. En tant que sénateur, il avait, à chacune des demandes de Bush, voté les crédits de guerre, tout comme son vice-président et comme la ministre des affaires étrangères qu’il s’est choisie, Hillary Clinton.

Obama a fait un certain nombre de discours et de promesses symboliques comme la fermeture de Guantanamo, qui n’est pas encore effective. Les États-Unis semblent vouloir montrer qu’ils cherchent à asseoir leur position dominante sur plus de concertation avec leurs alliés traditionnels. Si l’on s’en réjouit peut-être dans les ambassades, les populations, en particulier du Moyen-Orient, n’ont rien à en attendre de bon.

La nouvelle administration a parlé d’un retrait des troupes d’Irak dont le calendrier envisagé court jusqu’en 2011. Mais les troupes ainsi libérées iraient renforcer le contingent en Afghanistan, a décidé depuis de longs mois Obama, qui vise à intensifier cette guerre qui s’étend désormais au Pakistan.

Là-bas, l’actualité de ces derniers jours a été successivement rythmée par l’annonce de fraudes lors de l’élection présidentielle au profit d’Hamid Karzaï, le candidat des grandes puissances, l’attaque par des talibans du quartier général de l’armée pakistanaise et la mort d’une vingtaine d’Afghans dans l’est du pays. Des insurgés selon l’Otan, des civils selon la population des villages alentours.

L’occupation et la guerre qui ont dressé la population irakienne contre les Etats-Unis, sont appliquées à l’Afghanistan !

Obama, maintenant auréolé d’un prix Nobel, peut se poser en combattant pour la paix, dit-il… armes lourdes à la main ! Il peut d’autant mieux rallier à lui des gouvernements européens. Le gouvernement français notamment qui participe à la guerre d’Afghanistan, et envisage de donner un coup de main en Irak, où Sarkozy espère décrocher quelques marchés d’armement et de « reconstruction »

Le gouvernement français, parti avec un temps de retard, s’est depuis bien rattrapé en augmentant régulièrement sa présence militaire en Afghanistan et envisage maintenant d’acquérir des drones de combats américains, histoire de larguer un peu plus de bombes sur les paysans afghans. Même si cette guerre est volontairement oubliée, sauf lorsque le décès de quelques secondes classes rappelle qu’environ 3 000 militaires français y participent.

Lorsque les bruits de bottes se font entendre du côté de Bagdad, dont les puits de pétrole végétaient sous l’embargo, ou du côté de Kaboul, futur corridor énergétique traversé par oléoducs et gazoducs des grandes compagnies occidentales, c’est à qui placera ses pions, en tirera quelques positions et avantages derrière les États-Unis.

Car tout est affaire de gros sous dans cette sale guerre qui ensanglante le Moyen Orient, s’enlise et risque de s’étendre au Pakistan, voire à l’Iran, avec la participation de toutes les grandes puissances… aux côtés des forces armées du prix Nobel de la paix !