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On a marché sur la lune… Mais ça boite ferme sur la terre !

lundi 20 juillet 2009

Deux ouvriers sont morts et six autres blessés sur la plateforme pétrolière Total de Carling, en Moselle. L’explosion survient dans un contexte de suppressions de postes, après une remise en service précipitée suite à un problème technique. Après le drame d’AZF, la multinationale française la plus rentable réaffiche son mépris pour la sécurité des travailleurs.

Si de grands patrons font sauter tout ou partie d’usines, gare en revanche aux travailleurs qui menacent de détruire machines, stocks ou bâtiments parce qu’ils sont jetés à la rue. Les salariés de Nortel dans les Yvelines, de JLG dans le Lot-et-Garonne ou de New Fabris dans la Vienne viennent les uns après les autres d’utiliser des bonbonnes de gaz pour exprimer leur colère face aux licenciements et au moins imposer des indemnités plus conséquentes.

Christian Estrosi, ministre de l’industrie, a dénoncé un « chantage ». Mais quand près de 200 travailleurs de New Fabris (sur 366) sont venus la semaine passée manifester devant le siège de Renault à Boulogne Billancourt – car c’est pour Renault et Peugeot qu’ils travaillent à 90 % -, le gouvernement leur a envoyé des gardes mobiles qui ont usé de violences et de gaz lacrymogènes.

C’est pourtant à longueur d’année que les patrons exercent des chantages sur les travailleurs. Chantage au licenciement, pour imposer des salaires plus bas, des horaires plus pénibles ou des cadences plus élevées. Et après avoir baissé les salaires ou augmenté les horaires, ce sont les licenciements tout de même ! Dans la Vienne où se trouve l’usine New Fabris, ce sont de nombreuses entreprises qui ferment ou licencient, laissant sur le carreau des travailleurs et leurs familles, avec quel avenir ?

Et pas de trêve estivale pour ces licenciements et fermetures. Bien des travailleurs qui se sentent menacés, sont pleinement solidaires de ceux qui, acculés, résistent comme ils peuvent.

Les salariés de JLG ont obtenu ainsi 30 000 euros d’indemnités. On est loin des « parachutes dorés » pour les grands patrons licenciés. Car nul ne sait combien durera la crise, ni si 30 000 euros permettront de survivre le temps de retrouver un emploi. Ceux qui se sont battus bec et ongles pour des indemnités en sont conscients. Mais comment imposer le maintien de l’emploi sur un petit site, quand il appartient à une entreprise gigantesque ? Ou à une entreprise en liquidation judiciaire ?

Aussi déterminés soient-ils, c’est un fait que des travailleurs isolés ne peuvent pas grand-chose, tout seuls. Ici ou là cependant, des contacts ont été pris. La mobilisation des salariés de la fonderie SBFM, en Bretagne, a entraîné la population des environs, et malgré un patron en faillite, Renault a repris l’entreprise sans aucun licenciement. Ceux de New Fabris tentent d’en appeler à d’autres. Si ceux qui luttent contre les licenciements trouvaient le moyen de nouer des contacts, de rassembler les pièces du puzzle de leurs luttes, leur force commune serait le centuple de celle de leurs combats éparpillés. Ils pourraient alors s’adresser à tous les travailleurs, ceux de petites entreprises qui licencient aussi, ceux des services publics qui suppriment des postes, les intérimaires à qui on ne propose plus de contrat, et les chômeurs.

Un mouvement généralisé serait capable d’imposer aux entreprises phares de maintenir les emplois sur chaque site et dans chaque filiale, capable d’ouvrir et d’éplucher les comptabilités des entreprises pour suivre la trace des profits accumulés depuis des années. Un mouvement généralisé se donnerait aussi l’objectif de faire payer les donneurs d’ordre quand des sous-traitants sont acculés à la faillite par les grands groupes et que les travailleurs sont laissés sur le carreau.

C’est en nouant le fil des luttes, que s’allumera la mèche. Ce sont les conditions de la conflagration généralisée qu’il faut préparer.