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« T’as pas 1000 milliards ? C’est pour finir le mois… »

lundi 6 octobre 2008

Les sommes que l’Etat américain jette dans le gouffre de la crise financière sont de plus en plus démentes. Après les rachats de plusieurs banques en faillite, de quelque 300 milliards de dollars, Bush vient de faire adopter le plan Paulson, qui promet encore 700 milliards de dollars aux établissements financiers pour racheter leurs « titres toxiques ».

« Rien ne va plus… faites vos jeux ! »

Le même scénario se prépare en Europe. Sarkozy a proposé la semaine dernière que la Banque centrale européenne garantisse 300 milliards d’euros aux établissements financiers du vieux continent. La crainte de certains Etats d’avoir à cracher plus que d’autres dans l’immense marmite des dettes européennes a pour le moment retardé l’adoption de ce plan. On ne sait même pas si cela permettra d’éviter la catastrophe, mais ce sont déjà 17 milliards d’euros que les Pays-Bas ont versé à la banque Fortis, et 6,4 milliards que la France, la Belgique et le Luxembourg ont versé à Dexia, tandis que l’Irlande garantit les dépôts de ses banques à hauteur de 400 milliards…

Il y aurait quelque chose de comique au spectacle des champions du libéralisme pleurant auprès des Etats sur lesquels ils ricanent d’habitude. Ou à celui des Etats jetant à pleines mains des sommes dont ils ne trouvent pas le centième quand il s’agit de santé ou de chômage. Là des centaines de milliards d’euros tandis qu’il n’y aurait pas de quoi combler les prétendus 8 milliards de trou de la Sécu ? Presque comique… sauf qu’ils comptent nous faire payer le spectacle. Très cher.

Car ces milliards, les Etats comptent les sortir de la poche des contribuables, c’est-à-dire de la nôtre. Le plan Paulson devrait ainsi coûter près de 2 000 dollars à chaque Américain, et ce n’est qu’un début. Nul doute que Sarkozy et ses semblables européens nous préparent une addition du même ordre. Et ce n’est pas la seule façon dont ils prévoient de nous rançonner. Les sommes promises aux banques signifieront forcément autant de moins pour la santé, l’éducation, la protection sociale : Fillon vient d’ailleurs de rappeler qu’il comptait poursuivre ses « réformes », qui comprennent entre autres la suppression de 30 000 emplois publics. Et le ralentissement de l’activité économique a déjà provoqué des plans massifs de suppressions d’emplois, notamment dans l’automobile, sans oublier les milliers d’intérimaires licenciés dans ce secteur rien qu’au deuxième trimestre 2008.

Ce n’est pas à nous de payer leur crise

Ils ont donc le culot de nous présenter la facture... mais nous l’avons déjà trop payée. Les dirigeants du monde boursier ont provoqué un effondrement du système financier, après s’être enrichis d’une façon folle, mais directement liée à la manière dont les industriels et les banquiers ont rackettés les travailleurs du monde. En France, les entreprises du Cac 40 (les plus grosses cotées en Bourse) ont vu en 10 ans les dividendes versés aux actionnaires progresser de 255 % ! Nos salaires n’ont pas connu ce boom. Tout au contraire, le niveau de vie des travailleurs a reculé par le blocage des salaires, par le chômage et la précarité qui minent le niveau de vie des classes populaires.

Partout, le recours au crédit a fait illusion, mais n’a masqué qu’un temps la plus grosse contradiction de ce système capitaliste : il permet l’accumulation d’immenses richesses mais les travailleurs toujours plus durement exploités pour les produire n’ont plus les moyens de les acheter. D’où l’emballement, puis l’écroulement. Et nous devrions payer les nouveaux épisodes de leur crise ? Par davantage de chômage, d’impôts, et par l’inflation tandis que les salaires seraient bloqués ? Non merci.

Il nous faut notre propre plan de sauvetage…

… aussi coûteux leur soit-il : augmentation générale des salaires d’au moins 300 € par mois, minimum de 1 600 euros mensuels pour tous les salaires, pensions et minima sociaux, interdiction des licenciements et des suppressions d’emplois publics. Ce qui suppose que nous mobilisions toutes nos ressources collectives de lutte. Cela nous permettrait déjà de sortir la tête de l’eau, avant d’éradiquer définitivement l’aberration économique de l’ensemble du système.