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Le bâton pour les chômeurs et la carotte pour les patrons

lundi 21 juillet 2008

Candidat à l’élection présidentielle, Sarkozy l’avait promis : s’il était élu, on atteindrait en France le plein emploi—avec quand même 5 % de chômeurs constants— d’ici 2012. Si les États-Unis y arrivent pourquoi pas nous ?

Depuis un an sous sa présidence, les déceptions n’ont pas manqué pour ceux des salariés qui auraient cru à ses promesses. Que ce soit sur le pouvoir d’achat —autrement dit les salaires— ou encore le temps de travail pour les cadres il y a de quoi se sentir floué.

La bataille contre le chômage ? On le savait déjà, il fallait traduire par la bataille contre les chômeurs. Un pas de plus vient d’être franchi dans la nuit de jeudi à vendredi dernier par l’adoption d’une nouvelle loi sur «  les droits et les devoirs des demandeurs d’emploi ». Les « droits » attendront manifestement, puisqu’il s’agit avant tout des « devoirs » de ces chômeurs encore une fois présentés comme des profiteurs dont il faut « mieux contrôler les abus » résume clairement Wauquiez, secrétaire d’état à l’emploi.

Les abus des chômeurs ? Prétendre à un salaire et un emploi correct. La loi veut les obliger à accepter n’importe quel emploi, à travers les termes de « une offre raisonnable d’emploi ». A défaut d’accord, le chômeur se verrait radié de l’ANPE.

L’offre raisonnable ? celle qui correspond à au moins 95 % du dernier salaire au bout de trois mois de chômage, puis 80 % au bout de six mois pour tomber au niveau des allocations chômage au bout d’un an. Raisonnable aussi, les 30 puis 60 kilomètres quotidiens pour aller au travail. Au prix actuel de l’essence !

L’assemblée en a profité pour supprimer, au détour d’un amendement, la dispense de recherche d’emploi dont pouvaient bénéficier les chômeurs âgés de plus de 57,5 ans. Cela, pour mettre fin à « l’hypocrisie ».

Mais l’hypocrisie est bien du côté gouvernemental. D’avril à juin, les Urssaf ont enregistré 4,8 millions d’embauches, mais en grande majorité sur des contrats de moins d’un mois. Les prévisions gouvernementales sont revues à la baisse, de 255 000 on passe à 160 000 créations d’emplois dans le secteur marchand. Et pour Lagarde, ministre de l’emploi, puisque l’ « on est dans une phase de ralentissement de l’activité,[...]on accélère les réformes structurelles pour favoriser un retour rapide à l’emploi ». Il n’y a pas de boulot mais vous allez en trouver sinon gare.

La démagogie anti-chômeurs utilisée rappelle celle contre les travailleurs immigrés eux aussi accusés de profiter des allocations. Pour faire passer ses sales coups le gouvernement sait se trouver des boucs émissaires. Mais cette attaque est en fait dirigée contre nous tous. Cette loi fournira au patronat un nouveau contingent de salariés sous-payés. Quant aux statistiques, elles atteindront peut-être leur modèle d’Outre-atlantique mais avec un cortège de travailleurs pauvres encore grossi. L’Insee vient d’ailleurs de publier les chiffres de la pauvreté en France, 13,2 % des Français ont un revenu inférieur à 880 € par mois et pour la moitié de ceux-ci inférieur à 720 €.

Et puis il faut un sacré culot pour présenter les chômeurs comme des privilégiés et profiteurs quand de nombreux ouvriers en sont à leur deuxième, voire troisième plan de licenciement. Au moment où à Amiens, les ouvriers de Goodyear se battent contre le chantage patronal qui menace d’en envoyer 420 à l’ANPE s’ils refusent de travailler plus pour gagner…moins.

Les 1 500 amendements déposés par l’opposition de sa majesté n’auront pas pesé bien lourd. Il faut dire que le cheval de bataille du PS et de ses alliés en ce moment c’est surtout le cinéma autour de la révision constitutionnelle. Cette dernière attaque en date, comme celle sur les RTT, les suppressions de postes dans l’éducation nationale intervient au cœur de l’été. Peu d’organisations syndicales ou politiques lui font la résonance qu’elle mérite mais il faudra bien que sur ce sujet comme tant d’autres nous présentions la note à la rentrée.