Des marins-pêcheurs à tous les salariés
lundi 2 juin 2008
Une banque belge avait mis à disposition des petits épargnants une assurance vie basée sur l’augmentation des cours des matières premières avec, comme slogan : « Tirez avantage de la hausse du prix des denrées alimentaires ! » . Le scandale l’a obligée à la retirer. Peut-être parce que ce cynisme sans bornes révélait le secret des profits de bien des capitalistes d’aujourd’hui : la spéculation sur la hausse des prix qui touche de plein fouet les travailleurs d’ici et d’ailleurs.
« Total s’enrichit, mais nos maris sont démunis » , proclamait la pancarte d’une femme de marin-pêcheur lors d’une manifestation au Guilvinec. Les pêcheurs n’en sont pas restés à ce constat : sans passer par la case« journées d’action », ils ont lancé la grève illimitée. Lorsque leurs représentants ont négocié un compromis bancal avec le gouvernement, ils les ont tancés vertement, en signifiant aux amateurs de tables rondes que l’accord était nul et non avenu. Quand, encouragées par leur combativité, d’autres professions ont rejoint leur mouvement, ils les ont accueillies à bras ouverts dans leurs manifestations. Le gouvernement a tenté de se dédouaner sur Bruxelles (comme si il n’y était pas, à Bruxelles !), qu’à cela ne tienne, les pêcheurs ont appelé leurs camarades d’autres pays à la rescousse.
Si aujourd’hui, en France, leur mouvement semble se terminer, des agriculteurs, taxis et chauffeurs routiers prennent le relais. En Italie, au Portugal et en Espagne, les pêcheurs s’y sont mis et des ports sont d’ores et déjà bloqués. Ces professions, composées pour moitié de travailleurs indépendants, représentent à peine 5 % de la population active. Salariés, nous sommes 90 %. Notre force collective serait bien plus imposante que la leur...
Et pourtant nous subissons, en plus du problème de fond des salaires trop bas, des attaques répétées contre nos conditions de travail, notre retraite, nos horaires. La dernière en date vise les 35 heures. La durée légale du travail serait tout simplement vidée de sa substance. Le contingent d’heures supplémentaires serait augmenté, les repos compensateurs assouplis, les RTT rachetables, la flexibilité aggravée. Cerise sur le gâteau : le détail de ces mesures sera négocié entreprise par entreprise.
François Chérèque, de la CFDT , s’est lamenté : « … le gouvernement nous amène à réagir simultanément sur le temps de travail et les retraites. Cela nous entraîne dans une mobilisation globalisante, ce contre quoi j’ai toujours résisté. » Le gouvernement Sarkozy aura réussi à le faire sortir de ses gonds. Une performance à saluer. D’autant que le représentant de la CFDT et celui de la CGT avaient signé il y a un mois avec le Medef un texte qui prévoyait de renégocier le contingent d’heures supplémentaires entreprise par entreprise. Alors que la force des travailleurs, c’est justement leur capacité à s’unir, nos soi-disant représentants avaient avalisé les négociations dispersées.
Du coup, le gouvernement en a rajouté une louche, en prenant les chefs syndicaux au dépourvu : « Je me demande comment, demain, je pourrai faire croire » (sic) « à mes militants qu’en signant un accord, on a la parole et la garantie du gouvernement qu’il respectera notre signature », a pleurniché Chérèque.
Cela fait des années, sur tous les sujets qui touchent à nos conditions de travail, de vie et de salaire, que la politique du tapis vert ou des tables rondes revient à cautionner les attaques du patronat. Les dirigeants syndicaux qui osent se dire déçus par le gouvernement (mais qu’en attendaient-ils ?) ont échoué sur toute ligne.
Les mêmes ont annoncé une journée d’action interprofessionnelle sur les 35 heures et les retraites le 17 juin. D’autres initiatives ne manqueront pas de nous être proposées, comme d’habitude en ordre dispersé. Chacune d’entre elles ne sera utile que si elle est un pas vers un mouvement d’ensemble, le seul qui puisse faire reculer le gouvernement et le patronat. Mais cette convergence des luttes, cette généralisation des grèves, il nous faudra l’imposer aux directions syndicales.