Travailleurs français ou immigrés, avec ou sans papiers, une seule classe ouvrière !
lundi 26 mai 2008
Mardi dernier, 300 travailleurs sans-papiers de la Région Parisienne se sont mis en grève. Suivis par d’autres en cours de semaine. Ils rejoignent ceux qui ont lancé ce mouvement de grève depuis le 15 avril.
Avec l’occupation de leur entreprise de nettoyage dans le 11e arrondissement de Paris, ce sont également des femmes travailleuses sans-papiers qui entrent dans la lutte. En province le mouvement commence à se développer : à Lyon, Nantes, Rouen ou dans les Alpes-Maritimes, plusieurs dizaines de travailleurs sans-papiers s’organisent.
Suite à la première vague de grève des salariés sans-papiers, sur près de 1 000 dossiers déposés, le gouvernement n’a pour l’instant accordé que quelques 150 régularisations. Et le ministre de l’immigration de répéter qu’il n’y aura « pas de régularisation massive » . L’amplification du mouvement pourrait le contraindre à changer de ton.
Sans-papiers et donc sans droits, perpétuellement sous la menace d’une d’expulsion, à la merci des patrons et de leur chantage, ces ouvriers manifestent aujourd’hui au grand jour. Qu’ils travaillent dans les cuisines de restaurants huppés ou dans un supermarché, dans le nettoyage ou le BTP, ils sont nos voisins et bien souvent nos collègues directs, travaillant dans la même entreprise que nous, par le biais de la sous-traitance. Mais le patronat profite de leur situation pour les payer moins que le SMIC ou bafouer de nombreux droits collectifs. Comme le dit une employée de nettoyage originaire du Mali : « Sans papier, on est poings et pieds liés face au patron, on ne peut pas refuser ce qu’il demande. Régulièrement, mes supérieurs me demandent d’en faire plus, sans être mieux payée, et si je refuse, on dit que je n’ai pas de papiers ».
Les patrons en profitent aussi pour faire pression sur nos salaires à tous, pour battre en brèche les droits de tous les travailleurs. Ce sont nos garanties collectives qu’il entend briser : multiplication du travail précaire, licenciements, restructurations… C’est aussi pour cela que la grève des sans-papiers nous concerne tous, français ou immigrés.
Elle remet en question la politique raciste et xénophobe du gouvernement Sarkozy qui prévoit encore 26 000 expulsions pour l’année 2008. Des malades en attente d’une hospitalisation, des mères de famille, des enfants en pleine scolarité... on connaît l’inhumanité de cette chasse aux immigrés clandestins. La grève de la faim que viennent d’entamer une cinquantaine de sans-papiers du centre de rétention du Canet, à Marseille, rappelle aussi les conditions de vie dans ces prisons pour sans-papiers en instance d’expulsion, au moment où les gouvernements de l’Union Européenne s’apprêtent à prolonger jusqu’à 18 mois la possibilité d’emprisonnement dans de tels centres, pour le seul délit de vouloir vivre et travailler en Europe.
Souvent isolés à quelques-uns ou à quelques dizaines dans une multitude de petites entreprises, ou dispersés par petits groupes sur divers chantiers, la lutte des grévistes sans-papiers n’est pas des plus facile. Là aussi leur situation est à l’image de celle qui tend à se généraliser, avec un patronat qui cherche à créer les divisions en multipliant dans une même usine, un même bureau les filialisations d’activités, les sous-traitances, l’intérim. Mais cela n’a pas empêché les grévistes, avec l’aide de militants CGT ou d’associations de sans-papiers, de se coordonner pour déclencher ensemble à plusieurs centaines, dans plusieurs entreprises simultanément, un même mouvement, leur nombre faisant leur force et rendant plus difficile la mise en oeuvre des menaces d’expulsion.
Leur mouvement fait tache d’huile. Ils montrent que même dans les pires situations la lutte est toujours possible, pourvu qu’on sache s’unir et se mettre collectivement en grève.
Leur victoire, la régularisation de leur situation administrative, pourrait ouvrir la voie à l’obtention de papiers pour tous. Face à la politique anti-ouvrière du gouvernement, elle serait une victoire pour tous les travailleurs.