Retraites, salaires, emplois : Jeudi 22, tous ensemble !
lundi 19 mai 2008
La journée de grève du jeudi 15 mai, des enseignants, fonction publique et jeunes scolarisés, a été une réussite. Plus de 300 000 personnes ont manifesté dans le pays. Le soir même, Sarkozy jouait pourtant les matamores en confirmant le service minimum dans les écoles, et annonçant l’obligation pour les enseignants de se déclarer grévistes 48 heures à l’avance. Comme si le problème était l’accueil des enfants les jours de grève, et pas tous les autres jours de l’année que la politique de Sarkozy-Darcos va encore détériorer.
La provocation était aussi dans la rue. 2 000 lycéens grenoblois ont ainsi été dispersés à la grenade lacrymogène et au flash-ball, avant que les matraques ne s’acharnent sur de petits groupes. Et Darcos en rajoutait une louche ce dimanche, après le succès de la manifestation qui a regroupé 45 000 enseignants à Paris, en disant qu’il ne céderait rien quelle que soit la taille des cortèges. A voir !
A jouer ainsi les bravaches, le gouvernement Fillon-Sarkozy risque de récolter la riposte qu’il mérite. La prochaine étape, c’est jeudi prochain 22 mai, avec la journée de grève, public et privé, pour les retraites.
Mais quitte à se mettre grève, autant poser tous nos problèmes sur la table. D’abord parce que le rapport de forces ne nous sera favorable que lorsque nous pèserons de tout notre poids, c’est-à-dire tous ensemble, dans la lutte. Et puis surtout parce que les problèmes des uns et des autres sont tous liés.
Ainsi les retraites sont menacées par l’allongement de la durée de cotisation de 40 à 41, voire 42 ou 43 ans. En fait, l’objectif n’est pas de nous faire travailler plus longtemps. Il y a belle lurette que les entreprises se débarrassent dès qu’elles peuvent des plus âgés d’entre nous, ceux que le travail a cassés, ceux qui coûtent soi-disant « trop cher ». Ce n’est pas près de cesser. Par contre, nous partirions avant d’avoir atteint le nombre d’annuités nécessaire pour une retraite à taux plein. Les pensions seraient largement amputées. On verrait revenir un phénomène presque disparu depuis les années 70 : celui des retraités indigents.
Ce problème de retraites est donc avant tout un problème de niveau de vie. Un niveau de vie également menacé par l’inflation et par les autres attaques sur la protection sociale : déremboursement des médicaments, diminution des allocations chômage. A chaque fois, le patronat se plaint des prétendues « charges », en fait les cotisations sociales, qui l’empêchent... de faire des profits plus ronds. Ce faisant, c’est à notre salaire – différé certes, pas celui qu’on lit sur la fiche de paie ou sur le compte en banque – qu’il s’en prend.
Les 160 000 suppressions d’emploi prévues d’ici 4 ans dans le secteur public sont aussi un moyen d’économiser sur les salaires pour transférer une partie du budget de l’Etat au patronat, sous forme d’aides ou d’exonérations. En licenciant et en généralisant l’emploi précaire, patrons et gouvernement font aussi pression sur le salaire de l’ensemble des travailleurs.
Ce même salaire pour lequel tant de grèves ont eu lieu ces derniers mois. Toutes ne sont certes pas victorieuses, elles le sont d’autant moins que chacun affronte son patron dans son coin, entreprise par entreprise. Alors que grève générale rime avec augmentations substantielles pour tous : les 30 % de mieux pour le Smic en mai 68, ça donnerait aujourd’hui 300 euros de plus tous les mois.
Nous ne pouvons vaincre qu’en faisant converger toutes les luttes en un vaste mouvement d’ensemble. Plus facile à dire qu’à faire, objecteront certains. D’autant plus que les directions syndicales mettent un soin particulier à les séparer les unes des autres. Tout en acceptant de négocier sur des reculs, comme par exemple en parlant de « bloquer à 40 ans » le nombre d’annuités pour une retraite complète et en oubliant les 37 ans et demi pour tous…
Les travailleurs ont besoin d’un plan de mobilisation permettant de vérifier pas à pas que le mouvement se renforce en incorporant des pans toujours plus grands de la classe ouvrière. La grève de jeudi prochain peut et doit en être la première marche.