Urgent, tous ensemble, de les faire passer à la caisse
lundi 24 mars 2008
La crise dite des subprimes, ou prêts hypothécaires à risque, n’en finit pas avec ses secousses. La catastrophe financière pourrait virer à la catastrophe économique. Si personne ne peut lire dans les boules de cristal, quelques évidences sautent aux yeux.
Les victimes à ce jour, ce sont des milliers de ménages américains modestes qui ont déjà perdu leur maison ou sont étranglés par les dettes, des milliers d’autres, salariés de banques et de sociétés de crédits du monde entier qui ont été licenciés ou vont l’être, parce que leurs patrons avaient cru trouver dans ces crédits immobiliers une source à court terme de profits mirifiques. Dans le quartier des affaires de Londres, au moins 10 000 licenciements sont prévus d’ici la fin de l’année 2008. Un certain nombre de banques européennes, la Northern Rock britannique nationalisée en février, la première banque suisse UBS, la banque Natixis en France, filiale commune des Banques Populaires et des Caisses d’Epargne, préparent des milliers de licenciements.
Mais si les plus pauvres sont abandonnés sur le trottoir, les banques, elles, sont aidées par des fonds publics qui viennent à la rescousse. Avec l’argent de nos impôts ! Depuis août 2007, la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne, la Banque nationale suisse, les Banques du Canada et d’Angleterre se sont associées pour abreuver les marchés financiers de liquidités. Etats et Banques centrales multiplient les interventions pour tenter de rétablir la confiance des milieux financiers… ou confirmer la panique ! Qui ose parler de « démission de l’Etat » ? Au service des riches, jamais !
Certes, il n’y a pas d’argent pour les services publics, la santé, l’éducation nationale, pour les retraites ou les salaires. Pas d’argent pour les besoins de la population. Mais pour éponger (et encourager) les frasques des banquiers internationaux, les milliards sont là.
C’est d’autant plus choquant que ces banques, et les multinationales qui leur sont adossées comme cul et chemise, réalisent des bénéfices records. Pour ne prendre que l’exemple français, la BNP, le Crédit mutuel, la Société générale, Dexia et les groupes Banque populaire, Caisse d’épargne et Crédit agricole ont réalisé de 2004 à 2006 un résultat cumulé de quelque 50 milliards d’euros. Profits mirifiques aussi pour la Sncf, Renault, Peugeot et autres L’Oréal.
Mais nos salaires ? Nos retraites ? Nos emplois, du public ou du privé ? Tout est à la baisse. Sauf la colère qui monte. L’actualité est marquée par des actions malheureusement éparses pour leur sauvegarde. Des caissières de supermarchés expriment leur ras l’bol d’avoir à survivre avec 950 euros par mois. Des profs des lycées et collèges tentent opiniâtrement de résister à un plan de réduction de dizaines de milliers de postes pour l’année (bonjour les dégâts pour les enfants !). Les retraites ont déjà toutes subi un allongement des annuités et une réduction sévère de leur montant, mais le gouvernement s’apprête à les rogner encore, et nous faire cotiser 41 ans ! Sarkozy et sa clique se prétendent droits dans leurs bottes pour continuer leurs sales coups, baptisés « réformes ». Et en face, leurs prétendus opposants de gauche, fiers d’avoir gagné les municipales et de concentrer l’essentiel des pouvoirs locaux, n’avancent pas la moindre mesure radicale pour préserver notre sort. Tout ce qui intéresse les Royal, Delanoé, Fabius ou Aubry, c’est de rivaliser pour la direction du parti socialiste et, à terme, décrocher la candidature aux présidentielles de 2012 ! Tandis que les directions syndicales, même quand elles appellent à une journée comme celle de défense des retraites samedi prochain 29 mars, ne lorgnent que sur les miettes qu’elles peuvent tirer pour elle-même de négociations « bidon » avec le patronat.
Fort heureusement, nous ne perdons pas de vue que les bouleversements qui ont marqué l’histoire sociale et politique, et ont changé le sort des classes populaires, n’ont jamais été impulsés par des appareils politiques ou syndicaux totalement résignés à ce système. Ils sont toujours venus d’un sursaut d’« en bas », de nous tous, quand la goutte d’eau fera déborder le vase.