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Nous faire craindre de Sarkozy, mieux que les All Blacks !

lundi 10 septembre 2007

Fallait voir François Fillon, premier ministre, dimanche soir à la télé, juger du haut de sa petite personne sa collègue Rama Yade, secrétaire d’Etat aux droits de l’homme. Elle aurait « fait une gaffe liée à son inexpérience » en rendant visite aux squatteurs d’Aubervilliers peu après que Sarkozy ait envoyé ses flics. Ladite Rama Yade a pourtant davantage critiqué la municipalité communiste que les flics ! Mais gare aux initiatives, le petit doigt sur la couture du pantalon ! C’est au tour de Fillon d’être prudent. Il aurait un projet tout ficelé pour liquider les retraites des « régimes spéciaux » - cheminots, électriciens et gaziers, et quelques autres. Mais il attend le feu vert du chef suprême Sarkozy. « M’as-tu vu » mais pas téméraire.

A moins que Sarkozy lui-même n’hésite.

La tentation est grande de marquer un point en faisant la peau des régimes spéciaux et en les alignant sur le régime général, c’est-à-dire non plus 37,5 ans de cotisation pour une retraite dite pleine mais 40 ans. Sarkozy et son gouvernement, comme leurs prédécesseurs, veulent faire croire qu’il faudrait en finir avec des privilèges, restaurer la justice. Mais pourquoi alors ne pas ramener tous les travailleurs à 37,5 ans de cotisation, au lieu de prévoir bientôt pour tous 41 voire 42 ans ? De fait, ils ont une revanche à prendre. La grève de 1995 leur est restée sur l’estomac. En 2003, Fillon n’a pas osé toucher les régimes spéciaux. Et à l’époque, sa prétendue habileté à embobiner les directions syndicales pour qu’elles acceptent à l’avance, ne l’a pas mis à l’abri d’un mouvement de plusieurs semaines qui a marqué l’actualité sociale, même s’il n’a pas réussi à faire reculer le gouvernement.

Pas si facile donc. C’est comme au Rugby où Sarkozy croyait facilement marquer, nommant même à l’avance secrétaire d’Etat aux sports l’entraîneur Laporte… mais ils sont loin de l’avoir, leur victoire ! C’était plutôt grise mine dans les vestiaires.

C’est pas gagné non plus pour Sarkozy. Surtout qu’en attaquant d’abord les « régimes spéciaux », sans oublier les autres, il va réussir à souder tous les travailleurs et les couches populaires dans une belle équipe de défense et d’attaque, pour une mobilisation générale.

Contre l’ensemble des fonctionnaires, il y a un « plan de rigueur » : 22 700 postes supprimés en 2008, dont 11 200 dans l’Education nationale ! Moins d’enseignants auprès des enfants, moins de personnel hospitalier auprès des malades.

Contre l’ensemble des salariés, il y a la mise en chantier de palabres pour un « contrat unique » de travail. Attention, il y aurait « l’entrée », « l’évolution », « la sortie », sans oublier « le retour » au travail. L’« entrée » serait soignée, avec une période d’essai plus longue, manière de réintroduire l’idée du Contrat Première Embauche que le précédent gouvernement avait dû remballer. La « sortie » consisterait en une séparation prétendue à l’amiable… où le patron n’aurait plus à s’embarrasser de procédures et indemnités de licenciement. Et le « suivi » serait probablement une solution à l’allemande où les licenciés sans emploi seraient acculés très vite à une faible indemnité contre laquelle on leur imposerait n’importe quel petit boulot. Sarkozy est parti en discuter avec Angela Merkel.

Contre toutes les catégories populaires, reste le « pouvoir d’achat » sur lequel Sarkozy pleure, mais en laissant faire les hausses, dont celles des services publics, et en poursuivant les ponctions sur les classes populaires pour rassembler les 100 milliards d’euros annuels d’aides directes distribuées aux entreprises et à leurs actionnaires.

C’est contre le pouvoir d’achat que va le projet de nouvelles « franchises médicales » : 50 centimes de notre poche sur chaque boîte de médicament, sur chaque acte paramédical, sur chaque transport sanitaire – plafonnées à un total de 50 euros par personne et par an. D’où l’appel d’un grand nombre de syndicats et partis de gauche et extrême gauche à une journée de protestation contre ces franchises, le samedi 29 septembre.

Il faudra en être. Ce sera notre premier tour de piste de cette rentrée.