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Ah ça ira, ça ira, ça ira…

lundi 16 juillet 2007

Nicolas Sarkozy s’affiche à l’écoute des faibles et des démunis. Après s’être adressé à « la France d’en bas », celle « qui se lève tôt » et « ne croit pas toujours en un avenir possible », c’est aux « victimes des coups de la vie » et à ceux « qui ont parfois posé un genou à terre » qu’il a consacré son 14 juillet. Et le président d’inviter à la traditionnelle garden party 2000 « victimes et héros anonymes » ainsi que les associations qui les représentent. Grâce à Nicolas Sarkozy, le 14 juillet serait enfin devenu une grande fête de l’égalité et de la justice sociale…

Sauf que pendant ce temps, les députés s’activent pour voter avant la fin de la session parlementaire le fameux « paquet fiscal », bel exemple de redistribution de colossales richesses… aux plus riches. En plus de l’exonération d’impôts et de cotisations sociales sur les heures supplémentaires (dont les patrons pourront profiter pour nous les imposer et ne pas embaucher) et de la déductibilité partielle des intérêts d’emprunt, le projet de loi abaisse de 60 à 39 % des revenus le montant maximum d’impôts directs auxquels seront assujettis les riches contribuables. Et surtout il exonère de droits 95 % des successions : l’abattement sur la transmission ou donation de patrimoine passerait de 50 000 euros à 150 000. Chaque parent pouvant donner, cela signifie qu’un rejeton (de « bonne famille » !) peut hériter de 300 000 euros sans payer d’impôts. Comme il est possible de recommencer l’opération tous les six ans, les riches pourront, en s’y prenant à 5 reprises, transmettre gratuitement 1,5 million d’euros à chacun de leurs enfants. Ces ristournes concernent évidemment les plus fortunés. Pour une seule année, avec ce « paquet fiscal » total, Nicolas Sarkozy leur signe ainsi un chèque d’au moins 11 milliards d’euros, de quoi passer de bonnes vacances !

Les riches n’ont pourtant pas besoin qu’on les aide, ils ne se sont jamais aussi bien portés. L’étude effectuée par l’Ecole d’Economie de Paris parue en juin le montre, chiffres à l’appui. Depuis dix ans, les inégalités sociales n’ont cessé de croître. Le 1 % le plus riche a vu ses rentrées augmenter de +19 %, ce pourcentage grimpe à +32 % pour le 0,1 % le plus riche et même à +42,6 % pour les 0,01 % super fortunés. Selon le directeur de l’étude, cette explosion des hauts revenus « s’explique par le fait que les entreprises versent des dividendes de plus en plus importants à leurs actionnaires. » En 11 ans, le nombre de milliardaires a triplé et en 2006, leur patrimoine a augmenté 6 fois plus vite que la richesse nationale.
Qui sont ces très riches ? Une ribambelle d’anonymes bourgeois qui font de l’argent en dormant. Mais des grands patrons connus aussi, que cite la revue Challenge dans son palmarès tout récent des 500 plus grosses fortunes de France. On découvre que l’homme le plus riche de France est Bernard Arnault, patron de LVMH, dont la fortune est estimée à 17,2 milliards d’euros. Le numéro 2, Gérard Mulliez, patron du groupe Auchan, dispose de 14 petits milliards d’euros pour survenir à ses besoins ce qui reste tout de même mieux que Liliane Bettancourt, première actionnaire de L’Oréal, très en colère cette année de devoir se contenter de 12 milliards d’euros et passer à la troisième marche du podium.

C’est dans ce contexte difficile pour quelques dizaines de milliers de riches que Nicolas Sarkozy a donc décidé d’améliorer leur sort par une rallonge de 11 milliards d’euros, tandis que les 3,6 millions de Français qui vivent sous le seuil de pauvreté avec moins de 750 euros par mois verront peut-être la couleur d’une bribe des 25 millions (et pas milliards !) d’euros alloués au « Haut commissariat aux solidarités actives ».

Un 14 juillet de l’égalité ? Liberté, égalité, hypocrisie, oui ! Petits fours et grosse galette pour les uns, suppressions d’emplois et galères pour les autres ! Face à tant d’arrogance en faveur des barons de l’industrie et de la finance, on pourrait bien à la rentrée leur danser la Carmagnole.