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Chômage en baisse ou précarité en hausse ?

lundi 2 juillet 2007

Il y aurait maintenant moins de 2 millions de chômeurs. Le gouvernement annonce à grand renfort de trompettes le passage sous cette « barre historique ». On en serait revenus au début des années Mitterrand, en 1983.

D’abord, ce chiffre est mutilé pour ne pas prendre en compte tous les chômeurs. Ceux qui cherchent un emploi à temps partiel sont ignorés, même s’ils préféreraient un temps complet. Ceux qui signent une convention de reclassement sont mis de côté. Ceux qui acceptent un petit boulot ou un contrat aidé en attendant un vrai travail sont éliminés. Ceux qui ont accepté une formation disparaissent des chiffres. Les plus âgés qui ont signé une dispense de recherche d’emploi ne sont pas comptés… Avec ce système, la moitié des inscrits à l’ANPE disparaissent des chiffres officiels.

Il faut aussi ajouter ceux qui sont radiés et dont le nombre augmente chaque mois. La moitié des sorties de l’ANPE sont des radiations administratives ou des absences à des contrôles de plus en plus nombreux. Et si les radiés peuvent se réinscrire, ils disparaissent des chiffres pour un mois.

Quant à ceux qui quittent réellement l’ANPE, la moitié seulement a trouvé un emploi, les autres ne sont que découragés. Ne plus être chômeur ne signifie pas forcément avoir trouvé un emploi : ce sont des emplois précaires qui attendent les chômeurs les plus chanceux. Le tiers seulement de ceux qui sortent avec un emploi ont un CDI.

A se focaliser sur un chiffre du chômage qui ne veut plus rien dire, le gouvernement masque la réalité des conditions de travail. Il y a peut-être moins de chômeurs, mais surtout davantage de travailleurs qui doivent accepter des petits boulots, précaires, à temps partiel imposé. Bref du chômage mal déguisé.

Et les conditions de travail toujours plus pénibles et intensives : horaires changeants, travail de nuit, heures supplémentaires ou chômage prétendu technique selon l’état des carnets de commande.

Flexibilité et précarité chères au patronat et au gouvernement ont pour pendant les bas salaires. D’où la rengaine de Sarkozy du « travailler plus pour gagner plus », qu’il est venu vanter devant des travailleurs du bâtiment de la région lyonnaise. Selon lui, ce serait « la martingale gagnante ». Mais précisons que le gros lot est pour le patronat, qui bénéficie à ce titre de nouvelles détaxations et défiscalisations. Toujours davantage pour les possédants. Rien d’étonnant si les revenus des 1 % les plus riches se sont envolés de 19 % depuis 1998, une fois déduite l’inflation. Tandis que les salaires restent quasiment bloqués depuis 25 ans et que les licenciements en masse continuent.

Les carnets de commande de Airbus (EADS) sont pleins, mais le trust maintient son projet de se débarrasser de 10 000 salariés. Idem pour Alcatel et tant d’autres. L’Etat dégraisse lui aussi, pour faire les économies nécessaires à l’arrosage du patronat : le ministre de l’Education vient de confirmer la suppression de 10 000 postes en 2008. Au point que Sarkozy se demande si l’annonce ne serait pas trop raide.

La liste des attaques gouvernementales en préparation contre les classes populaires, au programme des discussions au gouvernement et au parlement, s’allonge. L’équipe de Sarkozy en annonce, en veux-tu en voilà. Mais non sans couacs, faux pas voire marches arrière. Certaines annonces brouillonnes et contradictoires que le gouvernement veut faire passer en profitant de l’été, montrent que son plan de bataille n’est pas si rigoureusement établi, et sa certitude de l’emporter pas si solide.

La tactique de Sarkozy est de nous attaquer tous, et sur tous les fronts, mais en lançant autant de flèches visant des catégories et secteurs particuliers. Dans l’espoir que les cheminots, les enseignants, les étudiants, les licenciés d’Airbus ou d’ailleurs, les malades auxquels on va imposer des franchises, restent isolés.

Face à ces attaques, il faudra évidemment que chacun réagisse sans attendre. Mais il faut surtout que les uns et les autres, nous nous préparions à répondre globalement à une attaque qui est globale.

Dans les mois qui viennent, il va falloir engager non seulement des résistances, mais une riposte générale.