Pas de drapeau tricolore, des augmentations de salaires !
lundi 26 mars 2007
On ne pourra plus dire que Ségolène Royal ne promet rien : elle a révélé la semaine dernière qu’elle souhaitait, si elle était élue, qu’il y ait un drapeau tricolore dans chaque foyer ! Et pour quoi faire ? Eh bien, l’accrocher « aux fenêtres […] le jour de la fête nationale ». Les « désirs d’avenir » de Royal ont un air de caserne.
On connaissait déjà les propositions d’encadrement militaire des jeunes de la candidate du Parti socialiste. Désormais, c’est dans un vrai cours patriotard qu’elle s’est lancée. Ses affiches de campagne vantent, sous sa photo, « La France présidente ». Elle encourage le public de ses meetings à chanter la Marseille, en expliquant que « c’est très important d’avoir reconquis le droit de [la] chanter, pour la gauche ». Bref, elle tente d’emboîter le pas à Sarkozy, qui a proposé il y a quelques jours la création d’un « Ministère de l’Identité nationale ».
L’ex-ministre de l’Intérieur reste certes en pointe sur ces questions. Il remue avec toujours plus de cynisme les thèmes du nationalisme, mais aussi de l’immigration. Sa politique a encore été illustrée la semaine dernière par les agissements de sa police, qui a maltraité un vieil homme sans papiers venu chercher son petit-fils dans une école parisienne, entraînant des échauffourées avec des parents d’élèves révoltés par la brutalité des flics.
Mais avec le nouveau discours du PS, on voit de moins en moins de différence entre le ténor de la droite et la cantatrice de la gauche. Ce tournant laisse imaginer quel « rempart » serait le vote Royal contre Sarkozy ! Car à reprendre ces thèmes, c’est autant de crédit que leur donne Royal. Sarkozy a beau jeu de se féliciter ensuite de« montrer le chemin » aux autres candidats. Et Le Pen de se réjouir en bout de ligne : « tout le monde baigne dans le tricolore, mais les Français sont suffisamment fins pour distinguer l’original de la copie ». Il sait bien qu’à ce petit jeu, Royal derrière Sarkozy et Sarkozy derrière Le Pen, ce sont de toute façon les idées du plus réactionnaire qui gagnent.
Ces idées sont pourtant un poison pour le monde du travail. La dénonciation des immigrés ne sert à rien d’autre qu’à détourner la colère des travailleurs des vrais responsables patronaux pour la diriger contre d’autres travailleurs, plus exploités encore. Mais en quoi notre situation sociale s’améliore-t-elle quand un grand-père sans-papiers est raflé devant une maternelle ? Quant à l’amour du drapeau, il est censé calmer les revendications pour pas cher. Mais quel rapport entre cette monnaie de singe et nos vrais problèmes ?
Pendant qu’on nous propose de mettre du bleu-blanc-rouge aux fenêtres, le chômage continue de flamber, et les bas salaires rendent la vie toujours plus difficile. Les licenciements à Airbus, par exemple, n’ont suscité de commentaires de la part de Sarkozy et Royal que le temps où ils ne pouvaient pas faire autrement ; c’est le silence là-dessus désormais. A propos des salaires, Sarkozy ne propose que de se crever en heures supplémentaires, et on n’entend même plus Royal parler de ses timides augmentations du Smic, qui n’étaient pourtant que du niveau des rattrapages imposés par l’inflation. En fait de « conquêtes », la candidate PS préfère visiblement se limiter à celle « du droit de chanter la Marseillaise »…
Les réponses aux vrais problèmes, il y en aurait pourtant. Mais il ne faut pas les chercher dans les discours des grands prétendants à la présidence. Plutôt dans les manifestations qui ont rassemblé plusieurs milliers de salariés d’Alcatel Lucent à Lannion, jeudi dernier. Ou du côté des travailleurs de Peugeot-Citroën à Aulnay, qui sont en grève depuis près de quatre semaines pour exiger 300 € d’augmentation par mois pour tous.
Ces réponses de lutte sont les seules possibles. Ce sont celles-là qu’il faudrait amplifier. C’est ce qu’affirme la candidature d’Arlette Laguiller, et c’est ce qu’on pourra exprimer en votant pour elle. Pour préparer peut-être une autre campagne, un troisième tour social, où on renverrait à leurs drapeaux ceux qui ne nous proposent que de marcher au pas.