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Combien ça coûte ? Mais pour quoi ? Et qui va payer ?

lundi 19 février 2007

Les équipes de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal continuent de se quereller sur le coût financier de leurs propositions électorales. La droite dénonce « les dépenses excessives de la candidate socialiste » qui menaceraient de « réendetter le pays pour 25 ans ». En boomerang, le Parti socialiste pointe les réductions d’impôt promises aux plus riches par Sarkozy, qui videraient les caisses de l’Etat. Les jongleries sur calculettes occupent les états-majors politiciens, qui s’asticotent pour savoir combien ça coûte, mais ne précisent pas qu’ils sont parfaitement d’accord pour que ce soient les classes populaires qui payent.

Des chiffres en cachent d’autres, publiés la semaine dernière. Il s’agit des résultats annuels des entreprises françaises. Devinez quoi ? Les quarante plus grandes du pays ont dégagé l’année passée des bénéfices record de 74 milliards d’euros. Soit plus que les coûts additionnés des programmes que Royal et Sarkozy se renvoient à la figure. De quoi donner davantage de relief à la révélation récente que l’Etat a accordé à ces entreprises 65 milliards de subventions, exonérations de charges et autres cadeaux fiscaux.

Les politiciens de droite veulent faire croire qu’il faudrait se réjouir des bénéfices patronaux. Ils entonnent les vieilles rengaines sur les profits d’aujourd’hui qui feraient les emplois de demain et profiteraient à l’ensemble de la société. Mais qui peut croire que les 12,5 milliards de bénéfices du pétrolier Total font le bien de la collectivité ? Ce record toutes catégories pour une entreprise française représente un milliard de plus que l’année précédente. C’est exactement le montant estimé des dégâts provoqués par le naufrage de l’Erika, pas si étonnant quand on sait que c’est la course au profit et aux meilleurs délais qui a conduit à la catastrophe. Mais plutôt que d’indemniser décemment les victimes et leur environnement, l’entreprise s’offre des bataillons d’avocats qui ont l’indécence de plaider que Total n’est responsable de rien et mérite remerciement pour les miettes versées en guise d’indemnités. Rappelons que pour ce qui est de jouer avec notre peau, Total n’a pas que l’Erika à son passif mais aussi l’explosion de l’usine AZF à Toulouse, ou la surexploitation du travail humain, quasi-forcé, en Birmanie et ailleurs dans le monde.

Ces profits impertinents des grandes entreprises découlent de leur politique de pression permanente sur la masse salariale et l’emploi. Salaires toujours plus bas et licenciements en bourrasques. Voyez Alcatel-Lucent qui veut se débarrasser de 12 500 emplois sur 79 000 dans le monde d’ici en 3 ans. Voyez ce groupe de luxe LVMH qui, la même semaine, annonce des bénéfices en hausse de 30 % et la fermeture d’une usine de confection de 150 salariés dans le Nord. Voyez encore l’annonce toute fraîche par Airbus de la liquidation de 10 000 à 12 000 d’emplois en Europe, sur un effectif total de 55 000. Il y aurait des préretraites et des « départs volontaires ». On connaît la chanson. C’est ainsi que le pays compte quelque 7 millions de travailleurs privés d’un véritable emploi.

Pas plus à gauche qu’à droite, si on se dispute pour savoir combien ça coûte, ce n’est pas pour vidanger les caisses du grand patronat. Des milliards qui permettraient d’augmenter tous les salaires d’au moins 300 € et de faire passer le SMIC à 1500 € net, tout de suite. Des milliards qui permettraient d’embaucher massivement dans les services publics utiles à la population, hôpitaux, écoles, transports, poste. Des milliards qui rendent odieuses les vagues de licenciements. Les travailleurs, tous ensemble, auraient les moyens de passer au peigne fin les comptes de ces entreprises dévoreuses de vies pour vérifier précisément d’où vient l’argent et où il se perd. Pour vérifier si le compte est bon, ou plutôt vérifier qu’il ne l’est pas. Mais les travailleurs auraient aussi et surtout les moyens, tous ensemble, de se préparer au règlement de comptes général - par la lutte - pour décider enfin où l’argent ira, pour quelles productions, en fonction du bien-être général.

En votant pour Arlette Laguiller, voilà le programme que nous pourrons annoncer.