Plein la hotte !
lundi 25 décembre 2006
A Noël, il faut alimenter le rêve, paraît-il. Les Espagnols sauraient bien le faire, d’après les médias, puisqu’il y est de tradition que tout le monde joue à la super loterie de fin d’année. La cagnotte s’élève cette fois-ci à deux milliards d’euros à partager entre les gagnants, de quoi nourrir des millions d’espoirs.
Mais point n’est besoin de traverser les Pyrénées pour rêver : une autre information, beaucoup plus terre à terre, elle, annonce que 2006 a été une année faste, exceptionnelle même... pour les marchés financiers et les mariages boursiers, notamment en France. L’euphorie est telle que les banques d’affaires et sociétés de courtage en tout genre ont offert des bonus mirobolants en cadeau à leurs agents financiers, leurs « golden boys ». Pour la France, ni le chiffre total de ces bonus ni leur répartition ne sont révélés... car les sommes sont vraiment indécentes. Plusieurs milliards d’euros, c’est-à-dire de quoi loger les 100 000 sans-abri que le froid a déjà commencé à tuer en cette fin d’année, et que sait-on encore !
Si ces chiffres ne sont pas publiés dans l’Hexagone, on peut s’en faire une petite idée car ils le sont en Grande Bretagne ou aux Etats-Unis : à la bourse de Londres 13,2 milliards de bonus à partager entre 4000 spécialistes de la finance ; à New-York, rien que pour une grande banque d’affaires, 16 milliards de dollars de bonus à redistribuer... Et ces gains ne sont qu’une partie du résultat de spéculations tous azimuts, aussi bien autour des fusions des groupes industriels et financiers que des valeurs des actions des entreprises, lesquels se font bien souvent au prix de plans de licenciement catastrophiques pour les travailleurs. Les gros actionnaires de ces entreprises touchent le gros lot. Mais ces chiffres qui donnent déjà le tournis, ne constituent qu’une petite partie des immenses bénéfices engrangés par les véritables donneurs d’ordre de ces opérations, les grands groupes capitalistes de la planète... dont les groupes français ne sont pas des moindres.
Les entreprises du CAC 40, indice de la bourse de Paris, avaient annoncé 25 % de croissance des bénéfices nets en 2005 et s’apprêteraient à annoncer un chiffre supérieur pour 2006... Comme l’avidité des actionnaires et la course aux profits n’ont pas de limites, des groupes comme Vivendi, l’Oréal les AGF, la BNP-Paribas, Renault, obtiennent encore du gouvernement de ne pas payer leur part d’impôts sur les bénéfices. Cette part était de 35 % en 2005, elle est passée à 33,3 % en 2006 et même avec un taux en baisse, la plupart de ces groupes se sont débrouillés pour ne verser que 20 à 25 % de leurs bénéfices dans les caisses de l’Etat. Assumant son rôle de Père Noël providentiel, Copé, le ministre du budget, a rappelé récemment que, sur les cinq dernières années, les baisses d’impôts, taxes et charges des entreprises représentaient 7,5 milliards d’euros.
Les patrons n’ont pas de souci à se faire quant à savoir qui de la gauche ou de la droite tiendra les rênes en 2007. Aucune promesse avancée par les uns ou par les autres n’a de quoi les effrayer. Sarkozy, qui veut faire passer des vessies pour des lanternes auprès des travailleurs, propose s’il est élu, de mettre en place le « contrat unique ». Un très beau cadeau certainement pour les patrons qui faciliterait encore plus les licenciements.
François Hollande, se dit pour l’abrogation du CNE - encore faudra-t-il que la promesse soit tenue ! - mais Royal et les Socialistes ne proposent ni d’augmenter les salaires, ni de remettre en cause les exonérations de charges patronales qui dépassent cette année les 25 milliards d’euros, ni de revenir sur la réforme des retraites mise en place par Fillon en 2003. A propos des retraites, Hollande propose au contraire de créer une nouvelle CSG. C’est-à-dire de faire payer encore les travailleurs. Quant à interdire les licenciements, il n’en est pas question et aucune mesure n’est avancée ne serait-ce que pour les entraver.
Ce ne sera pas plus Noël pour les travailleurs avec les uns qu’avec les autres.
Dans ce système le Père Noël ne donne qu’aux riches ou aux très riches. Pour faire changer ce vieux farceur de camp, il faudra voter pour un programme de lutte du monde du travail... et surtout la mener réellement !