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Investiture de Biden : La Maison-Blanche n’est pas devenue rouge

samedi 23 janvier 2021

Deux mois après son élection, Joe Biden a prêté serment mercredi 20 janvier lors de son investiture en tant que 46e président des États-Unis. Une transition qui n’aura pas été sans rebondissements, et que le président sortant Donald Trump a largement animée avec son refus de reconnaître la victoire de son rival démocrate, le soutien de ses partisans et de l’extrême droite suprémaciste, conduisant aux événements du 6 janvier dernier au Capitole.

C’est donc dans une capitale ultra-sécurisée que Biden a prononcé son discours, dans lequel il loue la démocratie et rappelle sa volonté de lutter contre les extrémistes et les suprémacistes blancs. Mais quelle politique et quels intérêts défend-il vraiment ?

Ancré dans les rouages de la politique américaine depuis près de 50 ans, l’ancien vice-président de Barack Obama n’a rien de très original à proposer.

Une nouvelle administration, vraiment ?

Avant son investiture Biden avait déjà dévoilé les membres de son administration. Des choix assez évidents qui ne suggèrent en rien une nouvelle ligne politique, malgré les attentes et les illusions d’une partie des Démocrates.

Sa vice-présidente, Kamala Harris, ancienne procureure et sénatrice de Californie, est vue comme un symbole : c’est la première femme accédant à ce poste et afro-américaine en plus ! Mais au-delà de l’image, elle aussi a un bilan : celui d’une démocrate modérée dont le mandat de procureure a été marqué par des lois répressives, qui ont notamment fait grimper la proportion d’Afro-Américains dans les prisons californiennes. C’est d’ailleurs autant pour l’image qu’elle renvoie que pour son bilan musclé de procureure qu’elle a été choisie sur le « ticket » démocrate.

Du reste, la composition du gouvernement Biden est éloquente : que des têtes bien connues de la politique américaine (et aucune personnalité qui serait peu ou prou liée à cette gauche du parti démocrate qui croyait tant en Sanders avant qu’il ne soutienne Biden !). Des anciens de l’administration Obama comme John Kerry (ancien secrétaire d’État – ministre des Affaires étrangères), repris cette fois en simple envoyé spécial du président sur le climat, ou encore Tom Vilsack, décrié sous Obama pour sa proximité avec les lobbys de l’agroalimentaire, qui retrouve sa place au ministère de l’Agriculture. En plus de puiser dans le gouvernement Obama dont il a fait partie, Biden place également certains de ses fidèles personnels à des postes clés, comme son ancien conseiller à la vice-présidence Ron Klain qui devient chef de cabinet. Un gouvernement certes moins fantaisiste que sous l’ère Trump, mais néanmoins taillé sur mesure pour servir les intérêts des capitalistes, avec juste quelques nominations symboliques pour satisfaire certains segments de l’électorat démocrate, comme la nomination de l’amérindienne Deb Haaland au ministère de l’Intérieur.

Premiers actes… et la suite ?

Dès le premier jour de son investiture, Biden a fait le choix de signer ses premiers décrets pour mettre en scène sa rupture avec la politique de Donald Trump. Des décrets qui portent sur la crise sanitaire ou le climat, et qui prévoient également le retour des États-Unis dans l’OMS ou dans l’accord de Paris sur le climat, ou encore la fin du « Muslim Ban » – qui interdisait partiellement l’accès aux USA à des ressortissants de certains pays –, l’arrêt de la construction du mur avec le Mexique, mais le maintien des 668 kilomètres déjà existants. Des mesures qui permettent ainsi aux États-Unis de reprendre un visage plus « cool » sur la scène internationale et dans leurs relations avec les autres puissances impérialistes. Mais quels changements réels pour la politique internationale américaine, où les exagérations de Trump n’étaient pas forcément du goût de tous les grands patrons américains ? Il est bien trop tôt pour le savoir.

Rappelons tout de même, si l’on pense par exemple à l’Afghanistan ou à l’Irak, que dans le passé Biden a toujours voté en faveur de toutes les guerres depuis ses débuts en politique.

Pour ce qui est de son programme et des réformes à venir aux États-Unis même, il suffit de regarder comment il a géré l’État dont il était le sénateur fédéral, le Delaware, pour voir qu’il a appliqué dans ce petit paradis fiscal une politique au service des grands patrons. Il suffit aussi de se rappeler que les deux mandats d’Obama, dont Biden était vice-président, ont été marqués par le sauvetage des banques et des plus riches, au prix d’une dramatique crise sociale. L’héritage d’Obama, c’est aussi les restrictions budgétaires dans l’éducation, la santé ou les services sociaux.

La fin de Trump ?

Si le 45e président des États-Unis a finalement laissé sa place à la Maison-Blanche, il n’a pas dit son dernier mot, et ses 75 millions d’électeurs sont encore là. Quant aux militants trumpistes d’extrême droite, ils ont fini par se retirer du Capitole, mais n’en sont pas moins galvanisés par leur démonstration de force.

Il ne faudrait pas négliger le fait que, parmi les électeurs de Trump, il n’y avait pas que des conservateurs cossus, clients attitrés du Parti républicain, ou les évangélistes et l’extrême droite américaine que la démagogie trumpiste flattait. Il y avait aussi bien des électeurs des classes pauvres, que les politiques anti-sociales menées aussi par les Démocrates au pouvoir avaient écœurés, que la démagogie nationaliste (America Great Again !) et protectionniste attirait et que cherche à récupérer l’extrême droite suprémaciste que Trump a mis sur le devant de la scène…

Il ne faut donc pas s’y tromper ; si Biden arrive après l’ouragan Trump, il est comme le président sortant au service des plus riches, et la politique qu’il a déjà menée le montre. Quelles que soient les mesures moins controversées, voire un peu « sociales » qu’il pourrait proposer, c’est, surtout en cette période, à en faire payer les frais aux travailleurs qu’il s’attellera. Comme Macron en France. Et c’est désormais contre lui et son administration que les travailleurs devront mener le combat.

Après cette élection qui traîne en longueur depuis des mois, tandis que la crise liée à la pandémie fait des ravages dans les classes populaires, il est urgent que les travailleurs mettent en avant leurs propres intérêts et s’organisent pour les défendre. Bien loin du jeu électoral bourgeois et de ses soubresauts, c’est par la lutte que la classe ouvrière changera la donne.

The sooner, the better !

Rachelle Tancol

Mots-clés Donald Trump , Joe Biden , Monde , USA
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