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« Renaulution » : un « plan stratégique » pour les actionnaires, des attaques contre les salariés

jeudi 21 janvier 2021

Après l’annonce au printemps dernier d’un plan d’économies de deux milliards d’euros sur trois ans et 15 000 suppressions de postes, dont 4 600 en France [1], les patrons de Renault poursuivent leur offensive contre les salariés.

Jeudi 14 janvier, le groupe Renault avait mis les grands moyens pour présenter ce que le nouveau directeur général, Luca de Meo, appelle sa « Renaulution » : une restructuration du groupe et une nouvelle gamme de véhicules. Un coup de com’ à 900 000 euros la journée, destiné à rassurer les actionnaires. Quant aux salariés, c’est une autre histoire…

En effet, après la crise de succession de Ghosn et les résultats moyens du groupe ces derniers temps, l’ancien patron de Fiat voulait montrer qu’il n’avait pas été embauché pour rien.

Aux investisseurs, il a d’emblée annoncé l’objectif de son « plan stratégique » : accroître la rentabilité de l’entreprise en rétablissant un niveau de marge opérationnelle à 3 % en 2023 et 5 % en 2025. C’est certes moins que les 8 % annoncés par PSA l’an dernier ou que l’objectif de Carlos Ghosn avant sa chute, mais c’est tout de même assez pour imposer aux salariés de nouveaux sacrifices.

Il s’agirait de faire moins de volume mais plus de valeur. Comprendre : moins de véhicules, mais des modèles plus chers. Concrètement, la production de véhicules passerait de 4 millions à 3,1 millions en 2025, tout en maximisant l’utilisation des usines. De quoi tailler dans les effectifs, voire fermer d’autres sites, après ceux de Choisy et Flins, déjà condamnés par le plan d’économies de Senard (le président de Renault).

D’ailleurs, le chantage à la fermeture est assumé : pour se voir attribuer un modèle à produire, une usine devra faire des efforts de compétitivité. Évoquant la production d’une nouvelle R5 électrique à Douai, de Meo a souligné que ce projet était conditionné à une amélioration de la productivité et à une baisse des coûts, mais aussi à l’implantation d’une usine de batteries à proximité, avec là aussi chantage sur les coûts. Pendant que les pouvoirs publics arrosent les constructeurs d’argent public, les salariés doivent se serrer la ceinture.

Un véhicule, ça se mérite ! Même pas besoin de délocaliser à l’étranger pour mettre en concurrence les salariés et tirer les conditions de travail et les salaires vers le bas ! De ce point de vue, de Meo est dans la lignée de son prédécesseur.

Ghosn avait institutionnalisé le recours à la sous-traitance dans la R&D et à l’intérim dans la production, pour diviser les travailleurs en statuts différents et concurrents, creusant l’écart entre les salariés au « statut » Renault et les précaires (prestataires, intérimaires, CDD…) Des « premiers de corvées » utilisés pendant le premier confinement, puis rapidement mis à la porte dès l’annonce du plan d’économies en mai dernier (ils ne comptent d’ailleurs même pas dans les suppressions de postes calculées par Renault).

Le style change, mais la logique demeure. Rien de très révolutionnaire dans cette « Renaulution » menée par un directeur général aussi arrogant et autoritaire que Ghosn (qui se prenait pour le Roi-Soleil). Après avoir cajolé les investisseurs jeudi matin, il a voulu se prêter à une parodie de dialogue avec des salariés dans un #chatwithluca filmé en direct. Sauf qu’il a tourné court, car les interrogations des salariés lui ont tapé sur les nerfs ! À une question sur la perte pour Renault Sport d’être intégré dans Alpine, de Meo a répondu qu’il n’aimait « pas trop cette question » et ajouté : « si vous ne voulez pas faire ça, vous savez ce que vous devez faire. »

Un message à tous les salariés : pas question de remettre en cause ses choix stratégiques. De Ghosn à de Meo, les grands chefs ont toujours raison… même quand ils décident d’orientations technologiques totalement différentes [2] ! Ainsi de Meo semble mettre l’accent sur les véhicules électriques, qui restaient marginaux dans la gamme jusqu’ici.

Des voitures pas spécialement « propres » (du point de vue de la fabrication, de l’alimentation en énergie ou de la maintenance), mais qui ont l’immense mérite de préserver les grandes villes des pays riches des émissions de gaz et de particules nocives. D’autant que les subventions de l’État (merci le plan de relance !) permettent de les vendre à prix d’or !

Rentable donc, mais pas encore très « verte », la voiture électrique ! Elle pourrait pourtant le devenir… si les capitalistes mettaient les moyens dans la R&D et voyaient plus loin que le bout de leur « marge opérationnelle », si les conditions de travail dans les mines de lithium et autres matières premières étaient différentes [3]… bref si on remettait en cause le capitalisme lui-même.

Or c’est l’inverse qui est prévu !

Pour l’instant, la transition du moteur thermique à l’électrique sonne comme une menace pour les salariés, qui craignent des suppressions de postes massives dans la production et l’ingénierie.

Autant dire que la voiture « propre », ce n’est pas pour demain. Mais les sales coups patronaux, eux, commencent tout de suite.

Hugo Weil


[1Sur ces 4 600, 2 100 sont dans les usines et le reste dans l’ingénierie et le tertiaire. Le plan a été signé par la CFE-CGC, FO et la CFDT cet automne – Renault : face au plan des patrons, organiser la riposte

[2Après une tendance favorable au Diesel à la fin des années 2000, ce sont les moteurs essence qui ont été privilégiés ces dernières années, puis Ghosn a hésité entre développer les véhicules électriques ou les hybrides. Des choix technologiques guidés par des calculs capitalistes à court terme, bien plus que par l’ambition de fabriquer des voitures plus « propres ». Cf. nos articles sur le Dieselgate en 2015 : VW ou l’ABC du profit capitaliste.

[3Sur la pollution engendrée par la production de véhicules électriques : Les dévastations de la course au lithium, au cobalt et au nickel

Mots-clés Entreprises , Renault
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