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Un coup de pouce... pour les luttes !

lundi 24 juin 2002

Le Premier Ministre Raffarin l’a annoncé depuis vendredi : il n’y aura pas de coup de pouce pour le SMIC. La seule augmentation sera donc la revalorisation légale indexée sur l’inflation officielle soit + 2,4% pour le SMIC à 39 heures (+27 €) et + 1,7% en moyenne pour le salaire mensuel d’un SMIC à 35 heures.

Au plus 27 €, c’est tout un programme !

Ce fut une trouvaille de la gauche d’instaurer des SMIC différents, sous prétexte de « maintenir » les salaires avec le passage aux 35 heures mais en réalité pour faire en sorte que ce passage soit sans douleur pour les patrons, l’Etat le finançant avec des baisses de charges patronales et la loi permettant que la réduction du temps de travail s’accompagne de baisses de salaires pour les non-smicards. La loi Aubry avait ainsi mis en place différents SMIC à 35 heures, soumis à des revalorisations d’autant plus réduites que le passage aux 35 heures avait été précoce.

Ainsi aujourd’hui, tout en refusant de donner un coup de pouce au SMIC, Raffarin peut même se payer le luxe de prétendre qu’il a « comme priorité l’harmonisation des différents niveaux de SMIC ». Car c’est bien la gauche au gouvernement qui s’est chargée de promouvoir les inégalités et le blocage des salaires. Le coup de pouce de 2,2% pour le SMIC accordé par Jospin lors de son arrivée au pouvoir en 1997 n’a jamais été réédité. Jospin le justifiait de la même façon hypocrite que Raffarin aujourd’hui, en prétendant « souhaiter revaloriser les bas salaires » par « une reprise des négociations sociales sur les minima de branches ».

Avec la gauche aux commandes, ce qui a été spectaculaire n’est certainement pas l’augmentation des salaires, mais plutôt la réduction des charges patronales. Elles sont passées pour un SMIC de 37,7% en 1996 à... 11% en 2002 ! Et si on a vu une augmentation pendant cette période, c’est celle du nombre de salariés mal payés. En 10 ans, le pourcentage de smicards a doublé parmi les salariés, pour atteindre 15%, sans compter les travailleurs payés en dessous du SMIC, les travailleurs à temps partiel ou précaires.

En refusant le traditionnel coup de pouce, Raffarin fait un geste symbolique en direction de son électorat de droite et notamment en direction des patrons, grands, moyens et petits. C’est clair : rien pour les salariés, mais aux patrons il assure « travailler sur l’ensemble des mesures qui vont plutôt dans l’allégement des charges ». Les mesures suivent : 5% de réduction d’impôts pour la moitié des Français les plus riches, mais rien pour diminuer la TVA, cet impôt sur la consommation payé par les plus pauvres et qui fournit les principales rentrées de l’Etat.

Tout comme la gauche avant elle, la droite prétend que les cadeaux au patronat servent à soutenir... l’emploi ! Et c’est comme cela que l’on a vu les plans de licenciement se multiplier sous Jospin, et se poursuivre, sans trêve électorale, jusqu’à maintenant sous Raffarin. Prétendre qu’en sacrifiant nos salaires on défendra mieux nos emplois est une sinistre plaisanterie ! Nous sommes tous (mal) payés pour le savoir ! Alors ce ne sont pas seulement les salaires minima qu’il faut augmenter, mais l’ensemble des salaires, l’ensemble des retraites et des minima sociaux.

Pour les salaires, comme pour l’emploi, nous ne serons pas plus faibles pour mener la lutte parce que la droite gouverne maintenant. Rappelons-nous comment, en 1995, les travailleurs du secteur public avaient fait reculer le gouvernement Juppé qui voulait s’attaquer à la Sécurité Sociale et aux retraites des fonctionnaires. Au printemps 1995, c’est 1500 F que revendiquaient les travailleurs en grève dans les entreprises. Aujourd’hui, c’est 300 € mensuels pour tous qu’il faut !

Ce n’est certainement pas le « dialogue social » entre les directions syndicales et Raffarin qui nous les donnera. Pour imposer au patronat et au gouvernement les augmentations de salaires, aussi bien que pour repousser les projets du gouvernement contre les retraites ou mettre un coup d’arrêt aux licenciements collectifs, il faut un nouveau mouvement d’ensemble. Et rappelons-nous qu’en mai 68, grâce à la grève générale, le salaire minimum de l’époque avait été augmenté de 35 %.