Au tour social, maintenant !
lundi 17 juin 2002
39 % d’abstentions pour ce second tour des législatives. Les grands vainqueurs, à droite, de ce scrutin de l’indifférence, n’ont pas franchement de quoi pavoiser. Leurs ennuis, espérons-le, ne vont que commencer. Ce que Jean-Pierre Raffarin a d’ailleurs reconnu. C’est dire ! Car ce « peuple d’en bas » dont se gargarise le premier ministre de Chirac, pourrait bien réserver dans pas si longtemps une autre surprise que le taux record d’abstentions. Quelque chose comme un nouveau mai 68, qui ferait passer la politique de l’isoloir à la rue et aux entreprises, et permettrait aux travailleurs de mettre sur le tapis les choses sérieuses.
La gauche gouvernementale, quant à elle, encaisse, avec ou sans larmes, sa dégelée méritée. Quand on mène au gouvernement la politique de la droite, il faut bien que ça se paie. Mais si Martine Aubry pleure pendant que Jospin s’est retiré sous sa tente, ce n’est pas pour regretter la politique anti-ouvrière qu’ils ont menée pendant cinq ans. C’est pour laisser dire par leurs amis que, franchement, le peuple d’en bas a été ingrat ! Car ces gens-là, dès qu’ils se retrouvent au pouvoir, adoptent une mentalité de dames patronnesses. Ils subventionnent à coups de milliards les riches et les puissants, font semblant de verser leur obole aux pauvres et aux salariés (comme ces 35 heures qui ont institutionnalisé le blocage des salaires, la flexibilité, la précarité, l’intensification du travail et les sous-smic, sans contraindre ni l’Etat ni le patronat privé à créer effectivement des emplois) et s’étonnent ensuite que les travailleurs ne leur aient pas dit merci et ne soient pas allés voter comme on leur a dit.
Les regrets des socialistes s’arrêtent là. Ils se seraient « mal fait comprendre », n’ont pas « su parler aux pauvres ». Pour le reste, les Hollande, Fabius, Lang et autres Strauss Kahn si bien installés dans la France d’en haut, s’empressent de déclarer qu’ils se préparent à la future « alternance », faute de nouvelle cohabitation avec la droite. Et c’est quoi, la différence entre l’alternance et la cohabitation ? Quand Jospin cohabite avec Chirac, les deux mènent ensemble la même politique : privatisations à outrance, remise en cause des retraites, de la législation du travail, suppressions de postes dans les services publics, démagogie sécuritaire, blocage des salaires. Quand Martine Aubry, Fabius ou un autre alterneront avec Raffarin ou son successeur, ce sera pour resservir les mêmes plats, tout au plus baptisés autrement.
Les dirigeants du PCF eux aussi ont des regrets. C’est qu’ils ont payé encore plus cher que les socialistes leur politique au gouvernement. Marie-George Buffet s’aperçoit soudain que son parti ne s’intéressait plus assez… aux travailleurs ! Quel aveu ! Même s’il n’est question pour elle que de changer de langage, pas de politique.
Les travailleurs, eux, n’ont pas de regrets à avoir. De toute façon, majorité de droite ou de gauche, il n’y avait rien à attendre du nouveau gouvernement, sinon des coups supplémentaires en préparation. La force du monde du travail n’est jamais venue des isoloirs, même si le thermomètre électoral peut mesurer son degré de mécontentement.
Non, il n’y a rien à regretter. Mais il y a tout à préparer : à commencer par la mobilisation d’ensemble des travailleurs, dans la rue comme dans les entreprises, pour qu’enfin ce soit le monde du travail qui commande au patronat et non l’inverse. Pour montrer que les 3 millions d’électeurs qui ont porté leurs suffrages sur l’extrême gauche au premier tour des présidentielles ne manifestaient pas seulement un simple mouvement d’humeur, mais la volonté d’être eux-mêmes les acteurs de leur propre politique au lendemain des élections.
Et soyons sûrs d’une chose : quand les travailleurs feront converger leurs luttes, quand ils se retrouveront ensemble dans la rue contre les plans de licenciements et la politique gouvernementale, plus personne ne parlera de leur « indifférence politique », pour la bonne raison que ce seront eux, qui feront la politique.