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Centres de rétention

Pendant l’épidémie, la répression continue

mercredi 8 avril 2020

La Cimade est une association de solidarité active et de soutien politique aux migrants, aux réfugiés et aux déplacés, aux demandeurs d’asile et aux étrangers en situation irrégulière. MiCRAcosme, le dernier numéro (mars 2020) de son journal trimestriel pour la région Sud-Ouest, publie des témoignages édifiants sur la répression qui continue de frapper les migrants en cette période épidémique.

Jusqu’à présent la Cimade intervenait au centre de rétention administrative – CRA (d’où le nom de son journal) de Bordeaux. Mais, confinement oblige, cette intervention n’est plus possible. Les migrants sont donc plus ou moins livrés à eux-mêmes, mais surtout livrés aux brimades et exactions des forces de l’ordre, que ce soit la police ou la police aux frontières (PAF) et au mépris des juges.

Quelques exemples donnés par la revue :

« Il y a par exemple eu ce monsieur, expulsé en novembre dans un pays en guerre. Il y a eu ces trois autres, poursuivis en justice, criminalisés pour avoir exprimé leur désaccord et leur mécontentement face à leur traitement, et placés en garde à vue pour apologie du terrorisme, alors qu’ils venaient juste d’être libérés après 60 jours en moyenne d’enfermement en rétention. Face à l’aberration des accusations dont ils faisaient l’objet (notamment le fait de beaucoup prier), un juge a heureusement ordonné leur libération. Mais à quel prix… Les trois jeunes gens sont ressortis traumatisés, avec un casier – un peu lourd – et le goût amer de l’acharnement qui s’est abattu sur eux. Je pense aussi à ceux qui ont été hospitalisés suite à des blessures infligées par les forces de police…

[…] Entre le 16 et le 25 mars, 11 personnes ont été enfermées au centre de rétention de Bordeaux d’une capacité de 20 places, situé au sous-sol de l’hôtel de police, sans protocole d’hygiène particulier. La majorité d’entre elles étaient transférées du centre de rétention d’Hendaye, qui fermait ses portes pour redéployer les forces de police aux frontières et faire appliquer la fermeture. D’autres étaient des personnes sortant de prison, provenant donc directement d’un milieu surpeuplé, largement exposées au risque de propagation du virus.

Pendant une semaine consécutive, le ménage n’a pas été fait dans le CRA, le personnel de ménage ayant usé de son droit de retrait face aux risques encourus. Ne disaient-ils pas qu’il fallait faire preuve d’une hygiène sans faille pour lutter au mieux contre les risques liés à l’épidémie ?

Une semaine pendant laquelle les conditions de vie, tant sanitaires que matérielles, des personnes retenues n’ont cessé de se dégrader… »

« Continuer à enfermer ; mais pour quoi, au nom de quoi ?

Beaucoup élèvent leur voix pour dénoncer l’acharnement de l’État à enfermer des personnes alors que l’objectif légal poursuivi par les CRA n’a plus lieu d’être. En effet, la fermeture des frontières pour une durée indéterminée a privé de toute substance l’enfermement administratif des étrangers, puisque aucune expulsion ne peut avoir lieu. Le défenseur des droits, la Commission nationale consultative des droits de l’homme, le contrôleur général des lieux de privation de liberté, le Comité européen contre la torture et de nombreuses associations en appellent à la fermeture des centres de rétention dans ce contexte. »

Mais l’État ne veut rien entendre. Le Conseil d’État, a rejeté le 27 mars le référé introduit par cinq organisations pour obtenir la fermeture des CRA.

C’est maintenant la Cour européenne des droits de l’Homme, saisie par des personnes enfermées au CRA de Toulouse, qui demande des comptes à Paris. Pas sûr que cela soit plus efficace.

Quoi qu’il en soit, l’État moralisateur, qui à chaque occasion ne manque pas de souligner l’irresponsabilité de celles et de ceux qui ne respectent pas les gestes barrière et les mesures d’hygiène, est le premier à s’asseoir sur ces règles lorsqu’il s’agit de protéger les migrants et les migrantes qu’il embastille à tour de bras dans ses CRA.

À cela il préfère les opérations policières à grand spectacle, comme celle montée sur la frontière franco-espagnole, en Pays basque. Ainsi que l’écrit MiCRAcosme :

« … le péage de Biriatou a été le théâtre d’une opération de communication diligentée par la préfecture des Pyrénées-Atlantiques et la direction interdépartementale de la police aux frontières. Le but : montrer que la police veille au grain à la frontière.

La presse était invitée depuis la veille et priée de “faire preuve de discrétion”, en clair de ne pas informer le réseau associatif local qu’un contrôle de grande envergure se déroulera sous le feu des caméras et autres appareils photos.


Le jour dit, la présence policière était massive, policiers de la PAF, CRS, agents des douanes, gendarmerie, police espagnole, créant un embouteillage dans le sens sud-nord. Des voitures ont été arrêtées, des camions ouverts, des policiers ont pris la pose en rendant des passeports, un drone piloté depuis Bordeaux a été déployé. Tout ce remue-ménage au service d’une opération communication visant à démontrer que l’exécutif contrôle la frontière. »

Mais il est plus facile de contrôler une frontière largement désertée qu’un virus épidémique.

Mots-clés Covid-19 , Migrants , Politique