Convergences révolutionnaires

Site de la fraction L’Étincelle

Accueil > Les articles du site > Aéronautique toulousaine : reprise irresponsable de productions loin d’être « essentielles »

URL : https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Aeronautique-toulousaine-reprise-irresponsable-de-productions-loin-d-etre

Aéronautique toulousaine : reprise irresponsable de productions loin d’être « essentielles »

vendredi 3 avril 2020

Alors que lors de la première semaine de confinement, du 16 au 20 mars, la
plupart des usines liées à la production aéronautique avaient cessé toute
production, parfois sous la pression directe des travailleurs exerçant ou
menaçant d’exercer leur droit de retrait, on a vu la semaine dernière se
multiplier les tentatives de reprise de la production. La direction d’Airbus a
fait pression sur ses fournisseurs et sous-traitants pour que leurs usines
redémarrent.

L’objectif affiché d’Airbus était que 10 à 15 % du personnel de ces usines
revienne sur site, ainsi que des ingénieurs et techniciens utilisant un logiciel
trop lourd pour le télétravail mais aussi d’autres qui travaillent à la
formation sur simulateurs des équipages (comme si la formation des équipages
était prioritaire !).

De nombreux responsables auraient voulu que ceux qui avaient télé-travaillé la
première semaine reviennent sur site mais ont dû finalement se contenter de leur
imposer une téléconférence quotidienne, souvent sans grand intérêt (mais il faut
bien affirmer son autorité...).

Airbus sait très bien qu’il ne peut faire repartir une production significative
durant le confinement. Mais l’important serait d’être dans les starting-blocks
au moment de la fin de celui-ci. Et ce alors même que beaucoup de compagnies
aériennes, dont la trésorerie est mise à mal par le quasi-arrêt du trafic
aérien, vont sans doute repousser leurs commandes... Mais, selon Médiapart (voir
document en bas de cet article), il y a eu une consigne gouvernementale pour
qu’Airbus, entreprise symbolique, reparte... ou au moins en donne l’illusion.

Alors la température des salariés est contrôlée et la distanciation imposée à
leur arrivée sur les lieux de travail (ce qui provoque des files d’attente aux
portes des ateliers) ; les équipes de production ne se croisent plus dans les
usines ; les espaces de travail sont désinfectés pendant deux heures avant le
changement. Mais les « ratés » ont été nombreux : mardi 24, à l’usine Airbus de
Saint‐Éloi, les masques donnés étaient périmés et il a fallu renvoyer le
personnel suite aux pressions syndicales. Le 30 mars, c’est dans un atelier de
Blagnac que des travailleurs ont fait valoir leur droit de retrait.

En fait, à Airbus, ce sont quelques milliers de travailleurs, dont beaucoup de
managers, qui sont venus à partir de mardi 24, plus pour essayer de mettre en
place les mesures sanitaires qu’autre chose (gels, masques, mesures de
distanciation). Officiellement, sur les chaînes d’assemblage, le paquet devrait
être mis sur la livraison des avions quasiment finis à des compagnies... qui ne
viendront, pour beaucoup, pas les chercher...

Chez Figeac-aéro il y a certes des caméras thermiques mais les pièces continuent
à passer de main en main (usineurs, contrôleurs, expéditeurs) et le lavage
régulier des mains semble une sécurité bien illusoire.

Latécoère communique qu’un tiers de ses salariés est revenu sur site mais
ceux-ci ne peuvent pas utiliser en sécurité les vestiaires parfois très
exigus... et donc retournent chez eux avec leur tenue de travail...

Et puis nombre de travailleurs ont été choqués par le fait qu’Airbus se réserve
des dizaines de milliers de masques et des tonnes de gel afin d’essayer de
donner l’impression qu’il se préoccupe de la santé de ses salariés, alors même
que les personnels soignants, à quelques kilomètres des usines, en manquent
toujours cruellement.

Sans parler des risques sanitaires évidents que génèrent les déplacements
quotidiens de milliers de travailleurs dans l’agglomération toulousaine pour
répondre à de sordides calculs patronaux.

Bien sûr le déplacement des congés posés avant le 16 mars est systématiquement
refusé, comme si on pouvait considérer qu’être confinés chez soi correspondait à
des loisirs ! Et grâce aux ordonnances du gouvernement qui permettent d’imposer
la prise de RTT et autres congés compensatoires pendant la période de
confinement, on commence à transformer des jours qui auraient dû être des jours
de loisirs en jours de confinement. Et des travailleurs sont poussés à accepter
les risques pour éviter de perdre, s’ils chôment, une part parfois importante de
leur revenu.

À Airbus Avions les syndicats majoritaires ont déjà signé un accord scélérat
pour permettre, lors de la fin du confinement, de rattraper le « temps perdu »,
avec heures sup à gogo... Ira-t-on un peu partout, à la fin du confinement,
jusqu’aux 60 heures hebdo permises par les ordonnances gouvernementales, au
détriment de la santé du personnel ?

L’argument pour tout cela est que « Quand Airbus tousse, toute la filière
aéronautique s’enrhume »
 !

Il est repris par Chauzy, le président du Comité économique, social et
environnemental régional, qui appuie à fond la direction d’Airbus. Ce serait
pour le bien de tous (les centaines d’entreprises de la filière dans la région
Occitanie comme leurs 90 000 salariés et au-delà, pour le bien de toute la région) !

Plus que jamais, face à des patrons irresponsables, les travailleurs de
l’aéronautique doivent privilégier leur santé... et celle de toute la
population, en restant chez eux aujourd’hui et en refusant de « rattraper »
demain pour qu’Airbus puisse s’approcher de son objectif de livraison d’avions !

Correspondant-E-s

(Article paru sur le site du NPA)

(Photo : MathieuMD / CC BY-SA (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0) https://commons.wikimedia.org/wiki/...

Mots-clés Airbus , Covid-19 , Entreprises
Retirer les images (photos, dessins)