Éditorial de l’Étincelle du 3 avril
Une pandémie révélatrice : leur meilleur des mondes
vendredi 3 avril 2020
La pandémie de coronavirus qui a éclaté depuis trois mois révèle et approfondit toutes les fractures sociales dans le monde entier. Y compris les fractures entre États, car en cette période de confinement, fermetures de frontières et concurrence en tout genre sont de mises.
La façade de la « solidarité internationale »
Gouvernements, journalistes et institutions se relaient dans les médias pour en appeler hypocritement à la solidarité, nationale comme internationale. Que ce soit à l’OMS (Organisation mondiale de la santé) ou encore à l’Union européenne, partout c’est un nouveau refrain : serrons-nous les coudes pour surmonter les crises (sanitaires et économiques) et construisons un monde meilleur. Mais meilleur pour qui ?
Rien de nouveau sous leur soleil
Depuis l’Organisation d’hygiène de la Société des Nations créée en 1922, (à la suite de l’épidémie de grippe espagnole qui fit plusieurs dizaines de millions de morts) à l’OMS créée à la suite de la deuxième guerre mondiale, « la collaboration internationale pour lutter contre les maladies » a toujours été au centre des discours officiels. Mais ces belles paroles ne peuvent pas cacher la réalité : dès leur origine, ces organisations internationales sont paralysées par les concurrences entre ses États membres, entrainant des réactions tardives et insuffisantes lors des épidémies de grippe asiatique en 1957, du sida dans les années 1980 ou encore d’Ebola depuis 2014.
Comme des mafieux
Aujourd’hui encore la pénurie de matériel à l’échelle internationale fait rejaillir les comportements les plus abjects de la part des États. Après la réquisition de masques par la police tchèque à Prague ou le rachat d’une cargaison chinoise par les États-Unis, on vient d’apprendre que le 5 mars ce sont quatre millions de masques à destination de l’Espagne et l’Italie – des pays parmi les plus touchés – qui ont été saisis par l’État français.
Les barbelés contre le virus ?
Dans l’espace Schengen, aux États-Unis, en Russie et dans bien d’autres pays, partout les contrôles aux frontières se durcissent, quand elles ne ferment pas complètement ; piégeant des millions de réfugiés dans des camps insalubres, où les conditions minimales d’hygiène ne sont pas respectées. « Chacun chez soi, et le virus sera bien gardé… »
Ce qui n’empêche pas la présidente de la Commission européenne de vouloir faire franchir les frontières par les « composants requis pour nos usines ». Preuve encore, s’il en fallait une, que les vies humaines représentent bien peu de choses pour les capitalistes qui cherchent coûte-que-coûte à maintenir leurs activités, c’est-à-dire surtout leurs profits.
Omerta, discours guerriers et répression
La désinformation est de mise, comme en Chine où les premiers cas de contaminés datant de novembre 2019 ont soigneusement été cachés et où le bilan officiel semble largement en dessous de la réalité. En France aussi, où les mensonges gouvernementaux sur l’inefficacité prétendue des masques, entre autres, frise le scandale d’État.
La propagande pour l’union nationale, rappelant les sales guerres du passé (« Nous sommes en guerre » a proclamé Macron), sert surtout à faire taire toute contestation. En vain, vu le discrédit général du gouvernement français face à la crise sanitaire.
En Égypte, les journalistes qui ont osé remettre en cause le discours officiel se sont vus accusés de vouloir semer la panique et expulsés du pays. En Inde, la répression contre les populations les plus précaires s’intensifie : humiliations, coups de matraque et emprisonnement pour faire respecter le confinement.
Partout fleurissent les mesures liberticides et contre les droits des travailleurs, avant tout pour permettre aux capitalistes de chaque pays de rester à flots, ou en tout cas en meilleure santé que leurs voisins.
Des voix qui s’élèvent
Les contestations se font déjà entendre. En Chine, avec la fin du confinement, et malgré la présence toujours palpable de l’épidémie, des manifestations ont eu lieu contre les licenciements, pour le paiement des arriérés de salaire ou encore contre les forces de l’ordre qui ont ostracisé les populations.
En France, en Italie et ailleurs en Europe, comme aux États-Unis, des travailleurs s’opposent à la réouverture de leurs entreprises, jugées par eux-mêmes comme non essentielles, réclament des mesures de protections ou refusent qu’on leur vole des jours de congé.
L’existence de ces réactions est une source d’inspiration. Les capitalistes du monde entier comptent bien faire peser les conséquences économiques de l’épidémie sur les travailleurs et les classes populaires. Et si nous leur faisions payer ?