Le Père Noël est vraiment une ordure !
lundi 26 décembre 2005
Dans sa hotte le Père Noël de Villepin a pensé à tout le monde. Et d’abord aux plus nécessiteux.
Ainsi les chômeurs verront à partir de janvier 2006 leurs conditions d’indemnisation se durcir encore (en même temps qu’on annonce un contrôle encore plus tatillon). Pour être indemnisé durant 23 mois, il faudra avoir cotisé 16 mois pendant 26 mois, au lieu de 14 mois sur une période de 3 ans. Voilà le cadeau de la nouvelle convention UNEDIC sur le point d’être signée par le patronat et les confédérations CFDT, CFTC, CGC et peut-être FO.
Les économies réalisées (près de 2 milliards et demi d’euros) seraient destinées à combler le déficit de l’UNEDIC. Mais si l’UNEDIC est perpétuellement dans le rouge, quelle surprise ! Quand on licencie les salariés par dizaines de milliers, quand on renvoie en masse précaires et CDD (Peugeot vient de se débarrasser de centaines d’intérimaires), cela fait moins de cotisants, et donc moins d’argent dans les caisses de l’UNEDIC et plus de gens à indemniser. Pourtant au lieu de faire payer les responsables, de mettre à contribution les grands groupes casseurs d’emplois par milliers, on fait une fois de plus payer la note aux chômeurs... et à nous tous, puisque la cotisation chômage va légèrement augmenter pour tous les salariés.
Le résultat, ce sera encore davantage de Rmistes, voire de SDF. De plus en plus de personnes se retrouvent sans toit (850 000 aujourd’hui, paraît-il, dont un tiers ayant un travail mais au salaire insuffisant pour trouver un logement), contraintes de recourir aux centres d’hébergement des associations caritatives... quand ceux-ci ne sont pas engorgés. Le Samu social en effet refuserait chaque jour entre 16 et 150 demandes d’hébergement pour la seule ville de Paris.
Pas étonnant ! Les demandes seraient passées de 12 200 en 1999 à 19 700 en 2004. Dans le même temps, en cinq ans, la durée moyenne d’hébergement aurait, elle, augmenté de trois semaines à quatre mois. Une telle situation exigerait de débloquer les crédits nécessaires pour ouvrir des lits en nombre suffisant, et sans doute de réquisitionner des logements vides, nombreux à Paris. Au lieu de cela, et alors que le froid a tué dix SDF depuis novembre, le gouvernement s’indigne... de l’initiative de Médecins du Monde d’installer les SDF parisiens sous des tentes afin d’alerter l’opinion sur le manque de structures d’accueil. Une mauvaise idée qui pourrait « pérenniser » la situation des sans-abri, a osé déclarer la ministre déléguée à l’emploi. Elle a découvert que les sans-abri seraient mieux dans des centres d’hébergement que dans des tentes, voyez-vous ! En effet. Mais qui est responsable sinon son gouvernement ! Qu’est-ce qu’elle attend pour faire son boulot, exiger les mesures immédiates nécessaires !
Egalement à la fête en cette fin d’année, l’éducation. A la rentrée 2006, plus de 6 000 postes d’enseignants vont être supprimés aux concours, dont 1 500 dans le premier degré où sont pourtant attendus 42 700 élèves de plus. Qu’importe ! Le gouvernement, pas gêné, justifie ces nouvelles coupes sombres en invoquant une diminution du nombre d’élèves !
Dans beaucoup de collèges et lycées, cela va faire des dizaines de postes en moins avec des conséquences les plus désastreuses dans les zones les plus difficiles : l’agression au couteau d’une enseignante d’Etampes s’est produite dans un lycée où les enseignants réclamaient depuis plusieurs années des moyens et des postes supplémentaires, et notamment un proviseur adjoint, un chef de travaux adjoint, une infirmière et une psychologue à plein temps. Quant aux établissements classés en zones d’éducation prioritaire (ZEP), et qui bénéficiaient à ce titre d’un peu plus de moyens, ils seront désormais moins nombreux : Villepin a décidé d’en déclasser 500. Il pouvait bien décréter, juste après la révolte des banlieues, l’égalité des chances « grande cause nationale » !
Après cela Chirac va dans quelques jours oser nous adresser ses bons vœux.
Ne serait-il pas temps de lui renvoyer les nôtres : que 2006 soit l’année où nous, travailleurs avec ou sans emploi, rassemblions nos forces pour rendre enfin les coups.