Convergences révolutionnaires

Site de la fraction L’Étincelle

Accueil > Éditos de bulletins > Pas si difficile, de leur filer une sainte-trouille !

URL : https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Pas-si-difficile-de-leur-filer-une-sainte-trouille

Pas si difficile, de leur filer une sainte-trouille !

lundi 12 décembre 2005

Nicolas Sarkozy s’est donc dégonflé d’aller en Martinique et Guadeloupe, en visite officielle. Le matamore a renoncé à son voyage. Il a craint à juste titre l’accueil chaud qui lui était réservé. A l’appel d’une trentaine d’organisations et personnalités indépendantistes et de gauche, en particulier de syndicats, des rassemblements et meetings de protestation étaient prévus aussi bien à Fort-de-France qu’à Pointe-à-Pitre. Aimé Césaire, poète martiniquais, député et maire honoraire âgé de plus de 90 ans, anticolonialiste de toujours, avait annoncé qu’il refuserait de rencontrer Sarkozy. Et une réaction vive était effectivement à prévoir, car la population pauvre antillaise l’a sur l’estomac, la politique de Sarkozy.

D’abord, elle n’a pas digéré la façon dont il a traité de « racaille » la jeunesse populaire, lors de la dernière flambée des banlieues. Presque tous les Antillais ont « des parents là-bas », des fils, petits-fils ou neveux, à Sarcelles ou ailleurs, dans ces cités qui ont explosé. Certains en ont parmi les jeunes raflés, condamnés à des mois de prison ferme. Pas question de recevoir sans comité d’accueil spécial le responsable d’une telle politique !

Mais la population antillaise ne digère pas non plus que les députés de l’UMP dont Sarkozy est président, aient confirmé tout récemment la loi incitant les enseignants à présenter le colonialisme sous un jour positif. Les Antillais savent bien ce qu’a représenté la présence de la France, pour leurs ancêtres au temps de l’esclavage mais encore aujourd’hui où la population pauvre des villes et des campagnes est citoyenne française de seconde zone. Sans parler de la conscience largement partagée de ce qu’ont été les ravages du colonialisme pour les peuples du Maghreb et d’Afrique noire.

Cela faisait beaucoup de raisons pour Sarkozy d’être chahuté aux Antilles. D’où le conseil donné par les préfets, parlementaires et autres autorités locales (un beau monde qui craint pour lui-même aussi les mobilisations populaires), de ne pas faire le déplacement sous peine de voir sa sécurité menacée. Bien sûr la renonciation prudente de Sarkozy n’a pas plu à tout le monde. Ses partisans se sont scandalisés que leur cher ministre, de l’Intérieur de surcroît, ne puisse se pavaner librement sur tout le territoire dit national, même si celui-ci se trouve à des milliers de kilomètres !

Mais le petit Sarkozy qui voudrait devenir grand, n’a pas couru le risque. Il a jeté l’éponge devant la perspective de voir son avion entouré par une foule hostile l’obligeant à repartir illico presto, comme cela était arrivé il y a quelque temps, précisément aux Antilles, à son modèle Le Pen.

Cet épisode cocasse met en lumière que devant la détermination populaire, même seulement annoncée, les fanfarons politiques peuvent reculer. Et il n’y a pas qu’aux Antilles qu’on a, à fleur de peau, la haine de leur politique.

Les raisons de la colère ne manquent guère non plus, pour tous les travailleurs. Les salaires sont de plus en plus misérables face aux hausses des prix et des loyers. La situation de l’emploi reste catastrophique. Les dernières statistiques du chômage confirment que les salariés radiés de l’ANPE sont beaucoup plus nombreux que ceux qui retrouvent un emploi. Et les coupes claires dans les effectifs se poursuivent.

Après l’annonce de milliers de suppressions d’emplois dans l’automobile, EDF se prépare à réduire ses effectifs de 6 000 personnes. Cette entreprise florissante, vendue par l’Etat au privé il y a trois semaines, annonce des réductions d’emplois pour faire remonter le prix de ses actions. Et l’augmentation du chômage fait qu’une masse croissante de salariés se retrouve exclue de l’ANPE. Résultat, le nombre de Rmistes explose, ils sont 1,25 million, 5,2 % de plus cette année, à devoir survivre avec 425,50 € par mois.

Les raisons de la colère sont innombrables. Le monde patronal et les politiciens savent que leur société vit sur des charbons ardents. La balle est du côté de notre détermination à les faire remballer leurs attaques.