Pandémie du Covid-19 : Encore et à nouveau sur un désastre…
jeudi 26 mars 2020
« El sueño de la razon produce monstros » (Goya) (le sommeil de la raison engendre des monstres). Prévoir une telle épidémie, son étendue, sa gravité n’était pas évident. En revanche, organiser la société et les moyens pour y faire face, en fonction des expériences précédentes, là est la vraie question. Et la citation de Goya garde tout son sens.
Avertissements ignorés
Le passé a connu bien des épidémies plus ou moins graves : grippe espagnole due à une souche du virus H1N1, ancêtre de la variante de 2009 (un milliard de malades et au moins 40 millions de morts en 1918-19), celles plus récentes de la grippe asiatique en 1956 (4 millions de morts), de Hong Kong en 1968-70 (entre 1 et 2 millions de morts), le sida dû au virus VIH (39 millions de morts), le SRAS (syndrome respiratoire aigu) en 2003, Ebola… Depuis, les épidémiologistes nous alertent régulièrement sur la possible résurgence d’une pandémie. « Le sommeil de la raison », c’est l’oubli des catastrophes passées, l’indifférence face aux mises en garde des scientifiques.
L’exemple de la France
Il y a déjà eu une alerte à la fin avril 2009, l’OMS annonçant un risque grave de pandémie due au virus H1N1 (la grippe A) qui ferait « de 9 à 21 millions de malades… et de 91 000 à 210 000 morts ». Deux cas d’infection furent repérés en France qui disposait alors de deux milliards de masques prêts à l’emploi. L’épidémie s’avéra plus bénigne qu’attendu et les stocks « stratégiques » de masques ne furent pas renouvelés. Par souci d’économie ! Ah ! cette peur du déficit dont on nous rebat quotidiennement les oreilles et qu’il ne faudrait surtout pas creuser par des dépenses « déraisonnables ». Mais il n’en est jamais question quand on vote le budget de la Défense (hausse de 4,5 % cette année pour atteindre 37,5 milliards !) et qu’on supprime ou allège les impôts des riches (suppression de l’ISF, flat tax, CICE, etc.).
Quel sera le coût de la pandémie du covid-19 ?
Un coût sans doute terrifiant ! Ne parlons pas des milliers de milliards subitement évaporés à la bourse, sur lesquels pleurent les bourgeois et qu’ils vont s’acharner à récupérer, tout ou partie, sur le dos de l’ensemble de la société… si les classes populaires laissent faire. Parlons du trou noir des milliers, voire des dizaines de milliers de vies humaines emportées. Déjà le millier et plus en France. Pour les classes populaires la tragédie est multiforme, sanitaire mais sociale aussi et a déjà commencé avec la vague du chômage partiel et l’angoisse du lendemain. Pour les déshérités, SDF, migrants… l’avenir est encore plus sombre.
Alors ces épidémies passées, et oubliées par Macron et ses prédécesseurs ? Oui, « le sommeil de la raison », nous y sommes. Ce sont surtout les nombreux coups portés depuis des décennies à la santé publique : suppression de 69 000 lits d’hospitalisation entre 2003 et 2017 – ils manquent cruellement aujourd’hui – suppression massive de soignants au fil des ans, l’hôpital public amputé de 8,4 milliards d’euros en 10 ans. Résultat : un personnel hospitalier en sous-effectif qui manque de tout, de masques de protection FFP2, de sur-blouses, de gants, de charlottes, de gel hydroalcoolique, et les appareils respiratoires en nombre insuffisant. Les médecins sont débordés, les services de réanimation saturés, infirmières et infirmiers sont épuisés par des journées de travail de 12 heures. Ils affrontent le tsunami sanitaire dans un climat d’extrême tension et d’angoisse face au risque permanent d’être contaminés. Certains le sont déjà.
Les recherches sur le Covid-19 longtemps en sommeil faute de financement
« Le sommeil de la raison », c’est également le manque d’intérêt des gouvernements successifs pour des recherches non axées sur le rendement immédiat. Désintérêt qui se traduit par la suppression de postes de chercheurs et des projets peu ou plus financés. Pourtant, la recherche à long terme devient soudain essentielle quand on s’y attend le moins ; la recherche sur les coronavirus, négligée ces dernières années, est aujourd’hui d’une urgence absolue.
Le désastre du Covid-19, miroir grossissant des ravages du capitalisme
L’hôpital public est devenu un « business model » géré par des directeurs-managers. Des ministres, acquis à l’idéologie du profit, ont donné le pouvoir à ces managers, écartant les médecins. Obsédés par l’idée de rentabilité, ils ne songent qu’à réduire les coûts en diminuant ce qu’ils considèrent comme des « stocks » matériels (lits de réanimation, masques de protection, charlottes, gants, sur-blouses, gel hydroalcoolique, appareils respiratoires) et humains (« producteurs de soins » : médecins, infirmières, aides-soignants, etc.). Il s’agit de produire du soin à moindre coût, à la chaîne, en flux tendu, chronomètre en main. À force de « tuer les coûts » ils ont presque tué l’hôpital en lui ôtant nombre de ses moyens, humains et matériels. Le système de santé public est un bien précieux, une arme essentielle en cas de déferlante épidémique. Victime de la logique marchande et de l’imprévoyance des gouvernements successifs parce qu’aveuglés par le dogme du profit, il affronte le « monstre » du Covid-19 avec des forces réduites. Macron accuse une partie de la population de légèreté et d’insouciance face au danger. Mais c’est lui et ses prédécesseurs qui ont gravement nui au système de santé. Sans tenir compte des avertissements passés car soumis aux illusions du « court-termisme » boursier et péchant par imprévoyance.
On le voit, leur politique de saccage social ouvre la porte à tous les désastres. Et on voit aussi que l’argument du manque de moyens est un mensonge grossier : des sommes astronomiques peuvent être déboursées du jour au lendemain… pour la santé des profits, pas des humains. Oui, des monstres.
Charles Bosco