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Sans un combat résolu contre la misère, le feu couvera encore...

lundi 14 novembre 2005

Face à la révolte des jeunes des banlieues le gouvernement manie surtout le gros bâton et annonce quelques mesures. Après les avoir supprimées, il a rétabli les subventions aux associations de quartier. Il promet que les jeunes chômeurs seront aidés dans leur recherche d’emploi, mais on apprend dans le même temps que le secteur automobile, un des employeurs de ces jeunes, se prépare à supprimer des milliers d’emplois ! Et voilà qu’on veut les retirer dès 14 ans du système scolaire pour les envoyer en apprentissage sans bénéficier de l’éducation minimum. Côté répression le gouvernement a ressorti une loi d’exception utilisée durant la guerre d’Algérie - rien que ça ! - pour établir le couvre feu dans certaines villes. Et Sarkozy l’incendiaire promet pour cette semaine l’expulsion des jeunes étrangers, même s’ils sont en situation régulière.

Rien pour rendre moins insupportable les conditions de vie de ces jeunes et de leurs familles dans les banlieues, celles-là même qui ont provoqué la révolte d’une fraction de la jeunesse ouvrière.

Car il s’agit bien de la révolte de la génération qui est appelée à venir nous rejoindre à l’usine, au chantier ou au bureau ; et nous rejoint parfois déjà... par intermittence, parce que tout ce qu’on lui offre c’est petits boulots ou postes d’intérim. Que nous soyons français de longue date ou récents immigrés, ce sont nos enfants, nos frères, nos sœurs, ou les futurs camarades de nos enfants, ceux avec qui ceux-ci devront partager une vie de galère ou de dignité... suivant ce que nous en aurons fait.

Sans moyens, sans travail, sans éducation, ils ne voient souvent de perspective que dans l’individualisme, la débrouillardise, les trafics, petits ou grands. Pas étonnant que lorsqu’elle explose, leur révolte reste aveugle dans ses cibles, qu’ils cassent pour casser, brûlent pour brûler, caillassent les bus, les trains ou les pompiers comme les policiers...

Le gouvernement et les capitalistes, les vrais responsables de la situation des banlieues, sont à l’abri : leurs voitures comme leurs résidences sont protégées. Ils ne le seraient pas d’un mouvement de colère de l’ensemble des salariés. Celui-ci n’aurait d’ailleurs pas besoin de jeter des pierres ni de mettre le feu. Il aurait d’autres moyens, plus efficaces, pour mettre les puissants à genoux, de la grève jusqu’au soulèvement massif qui pourrait être d’autant plus pacifique qu’il serait puissant : même des dizaines de milliers de policiers ne peuvent barrer les rues à des millions de travailleurs.

Certes les jeunes sont loin d’être tous conscients que leur révolte aurait intérêt à déboucher sur un mouvement bien plus large de tout le monde du travail. Beaucoup n’ont même aucun sentiment d’en faire partie. Les plus inconscients, ou les plus stupides, semblent même mépriser le reste de la population, quand ils brûlent les voitures des gens de leur cité par exemple. Ils montrent même parfois une hostilité aux autres travailleurs, quand ils caillassent trains ou bus avec voyageurs et conducteurs.

C’est là l’impasse, et pour eux et pour nous tous. Mais les œillères et les préjugés d’une jeunesse sans tradition politique ni éducation sociale, ne tomberont pas toutes seules si ce monde du travail ne montre pas une détermination au moins aussi grande que la leur d’en découdre avec nos ennemis communs. Et tant que ceux qui passent pour ses dirigeants seront aussi lâches, tant que la gauche proposera... d’attendre les élections, tant que les dirigeants syndicaux ne feront rien pour étendre nos luttes.

Seuls nous, travailleurs, pouvons donner une perspective à la révolte des jeunes. L’occasion nous en est peut-être donnée dès le 21 novembre, si l’appel à la grève reconductible de la SNCF rencontre du succès. En entrant en lutte avec les cheminots pour imposer les objectifs qui changeraient immédiatement leur vie... et la nôtre :

Augmentation de tous les salaires, interdiction des licenciements et des contrats de précarité, augmentation de tous les salaires de 300 euros par mois, remboursement des milliards de subventions reçus par les patrons pour créer des centaines de milliers de nouveaux emplois dans les services publics, réquisition des logements vacants des riches.