Votons pour des travailleurs révolutionnaires. Faisons entendre la voix des travailleurs en colère
lundi 27 mai 2002
Après les grands discours pour faire voter Chirac au nom la « défense de République » et soi-disant « barrer la route à Le Pen au nom de l’unité de la gauche, », il n’a pas fallu longtemps pour lever le voile sur la réalité : un nombre certain de politiciens sont prêts à s’asseoir sur leurs prétendus principes mais sûrement pas à renoncer à l’envie de s’asseoir sur un siège de député ! Serge Lepeltier, dirigeant du parti de Chirac, a ouvert le feu en affirmant qu’il ne soutiendrait pas un candidat de gauche se retrouvant face à l’extrême-droite. D’autres à droite lui ont emboîté le pas. Le Parti Socialiste, le Parti Communiste s’en sont émus et retrouvant soudain la mémoire, ont rappelé que dans plusieurs régions des alliances entre la droite et l’extrême-droite avaient été nouées dans un passé récent et pour certaines se poursuivaient encore.
Tiens donc ! Chirac ne serait plus ce rempart contre l’extrême-droite que la gauche nous avait fait reluire le temps du second tour des présidentielles ? Face au malaise créé, Raffarin et Juppé ont tenu à dire qu’il n’y aurait pas d’alliance directe ou indirecte. Mais on peut parier qu’en définitive chaque candidat de droite se déterminera localement, en fonction de la combinaison la plus susceptible de le faire élire.
Avec la claque du premier tour de la présidentielle, les représentants des partis de droite comme de gauche ont prétendu qu’ils avaient compris les préoccupations exprimées par la population et en tiendraient compte ! Mais qu’a-t-elle compris de la situation des cités de banlieues à la dérive, de la misère, cette droite qui ne parle que du tout-sécuritaire, sans s’attaquer à la dégradation sociale à la base de tous les problèmes ? Qu’a-t-elle compris de la situation des jeunes, elle qui n’entreprend rien contre le chômage envahissant des quartiers entiers, ou des villes comme Angers, Soissons ou Fécamp, des régions entières comme les Ardennes, confrontées aujourd’hui aux licenciements massifs ?
Quant à la gauche, qu’a-t-elle entendu du désaveu traduit par la perte de millions de voix du parti socialiste et du parti communiste après des années au pouvoir ? Le PS tente un ravalement de façade et rafistole son programme électoral, comme si de rien n’était. Il se dit maintenant partisan d’une hausse du SMIC et des minima sociaux – sans rien chiffrer, c’est-à-dire sans aucun engagement – et reste muet sur les autres salaires. Il se dit maintenant opposé à toute privatisation des services publics, après en avoir organisé au pouvoir deux fois plus que la droite dans les années qui ont précédé ! Il se prétend le défenseur de la retraite par répartition, lui qui a ouvert en France la possibilité légale de fonds de pension et alors que Jospin comme Chirac à Barcelone se sont engagés à repousser l’âge de départ et allonger la durée de cotisation ! Quant au PCF, il a discuté avant tout des quelques postes que le PS allait lui laisser, pas des couleuvres qu’il devra faire avaler au nom de l’unité de la gauche demain à ses militants en contribuant encore à les démoraliser.
Aucun de ces partis de gauche ne s’est engagé auprès des travailleurs jetés à la rue ou menacés de l’être, à interdire demain au gouvernement les licenciements, même pas dans les entreprises qui font des profits ! Aucun ne veut imposer aux entreprises dont les emplois ont été subventionnés sur des fonds publics et qui ont licencié le remboursement des aides. Demain, s’ils ont la majorité, ils reprendront au gouvernement la même politique. En vertu de quoi ils ne feront pas reculer l’extrême-droite. Car ce sont les partis de droite et de gauche qui par leur politique alimentent la démagogie d’un Le Pen.
Pour battre à la fois l’extrême-droite et les politiciens au service des patrons, il faudrait au moins la « tolérance zéro pour les licencieurs », comme le dit Arlette Laguiller. Et au-delà d’une élection, il faudrait une véritable lutte d’ensemble des travailleurs pour l’emploi, les salaires et les retraites. Mais lors du prochain scrutin nous pourrons au moins exprimer notre colère, dénoncer nos ennemis de droite et désavouer nos faux amis les dirigeants de gauche, tout en combattant clairement l’extrême-droite : en votant pour les candidats de Lutte Ouvrière.