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Pas de pepsi ? Plutôt du peps, oui !

lundi 25 juillet 2005

Une simple rumeur boursière d’OPA de Pepsi sur le groupe Danone, il n’en aura pas fallu plus pour susciter l’émotion des dirigeants français. De droite comme de gauche les déclarations ont fusé, empreintes du même relent de nationalisme, de la même référence à une prétendue « identité française » pour exiger que l’Etat vole au secours du capitaliste tricolore.

Quel contraste avec le désintérêt total des mêmes au printemps 2001, quand le même groupe Danone avait annoncé la fermeture de plusieurs usines. Mais aujourd’hui il s’agit de défendre des actionnaires quand en 2001 il s’agissait de travailleurs...

Le Parti socialiste, alors au gouvernement, était resté aussi indifférent que la droite aux sollicitations des licenciés, ne proposant aucune mesure sérieuse pour les aider. Aujourd’hui un Fabius - pour ne citer que lui - a le culot d’invoquer « les inquiétudes de 90 000 salariés ». Chirac lance un appel depuis Madagascar. Les dirigeants des centrales syndicales eux-mêmes s’émeuvent à l’idée d’un éventuel repreneur américain. Ce n’est pourtant pas Pepsi mais Danone lui-même, ce trust bien français paraît-il, qui a supprimé de 7 400 emplois en quatre ans, soit 8 % de ses effectifs internationaux. En quoi un patron français constitue-t-il donc une garantie sociale pour les travailleurs, que ce soit ici ou dans le monde ?

En France même, Danone a jeté des centaines de travailleurs à la rue. Pour riposter, ceux de LU/Danone avaient initié des manifestations communes avec les autres victimes de la vague de licenciements, Marks&Spencer, AOM, Moulinex. Les milieux populaires se solidarisaient en boycottant les produits Danone. Les politiciens, eux, n’avaient pas bougé le petit doigt.

Le comble est donc bien de présenter la France comme un modèle social et les patrons français comme un moindre mal. Et ce, au moment où le patronat et son gouvernement s’emploient activement à déréglementer le droit du travail !

Car sur ce terrain, pas de trêve estivale ! Au contraire on a droit aux sales coups portés en catimini. Depuis le « forfait journalier » pour le paiement des salaires, voté par le parlement le 13 juillet dernier pour permettre des heures supplémentaires non payées, jusqu’à la série de décrets et d’ordonnances que le gouvernement fait passer tambour battant pour application début septembre.

Contre ceux qui cherchent un travail, car le projet de décret contre les chômeurs n’a rien à envier aux dispositifs mis en place par d’autres gouvernements comme en Allemagne. La nouvelle échelle de sanctions permettra l’application systématique des réductions et suppressions d’allocations, sans parler des radiations qui ont la vertu de faire baisser les statistiques. Avec en prime la vieille démagogie qui consiste à laisser entendre que ceux qui ne travaillent pas ne le veulent pas. Comme si les 97 000 emplois non pourvus par l’ANPE pouvaient répondre aux demandes des millions de chômeurs !

Contre ceux qui auront la chance d’en avoir. Le projet de « contrat nouvelle embauche », CNE, n’est censé s’appliquer pour commencer qu’aux entreprises de moins de 20 salariés. Mais le patronat milite pour son extension à toutes les entreprises. Ce serait alors la fin du CDI puisque le CNE institue une période d’essai de 2 ans, pendant laquelle le salarié est licenciable à tout moment, sans aucune justification. Trois mois après la rupture du contrat, l’employeur pourrait même signer un autre contrat, avec le même salarié ! La précarité à vie pour tous.

Tout en se prêtant au jeu de consultations avec le gouvernement, les confédérations syndicales parlent maintenant d’une mobilisation à la rentrée « sur l’emploi et le droit du travail ». Force Ouvrière agite même « une riposte au moins de la même ampleur que la mobilisation du 10 mars ». Il aurait sans doute mieux valu continuer celle-ci il y a six mois. Mais mieux vaut tard que jamais...

Car c’est bien dès la rentrée qu’il faut riposter. En répondant aux appels des confédérations syndicales, s’il y en a. Sans eux si leurs rodomontades actuelles étaient du bluff. En tout cas avec la volonté de construire et prolonger un mouvement d’ensemble jusqu’à obtenir satisfaction sur l’emploi comme sur les salaires.