Quand est-ce qu’on retourne le karcher ?
lundi 4 juillet 2005
Sarkozy fait feu de tout bois. Pour lui, tous les faits divers sont bons à exploiter.
Un enfant de 11 ans est tué par balle à La Courneuve en banlieue parisienne ? Excellente occasion pour le premier flic de France de jouer les hommes de terrain en débarquant immédiatement sur les lieux du drame avec ses troupes et d’exprimer sa hargne par des discours populistes, du type « nettoyer au karcher la cité des 4 000 ». Mais le matamore du gouvernement ne met les pieds dans les cités difficiles que le temps qu’elles servent de décors à ses poses. Il les abandonne ensuite à leurs problèmes de misère et de violence, dont il se moque royalement. A la cité des 4 000, où le taux de chômage est de 24 %, il a annoncé... la mise en place de 150 contrats d’apprentissage et 50 emplois recensés à l’ANPE qui attendraient les habitants du quartier ! Pour conclure cyniquement : « on va voir ceux qui veulent vraiment travailler. »
L’un des meurtriers présumés d’une joggeuse de Seine-et-Marne était en liberté conditionnelle ? Et Sarkozy de clamer aussitôt que le juge qui lui a accordé la libération anticipée doit « payer pour sa faute ». Voilà qui tombe à pic pour s’en prendre au système des remises de peine et accuser les magistrats de laxisme. Alors que 4,7 % seulement des condamnés pour crime sont des récidivistes...
Derrière cette surenchère sécuritaire, qui pointe du doigt les populations immigrées, il y a bien sûr les minables calculs d’un politicien qui dégouline d’ambitions personnelles. Mais il y a aussi, plus sérieusement, la volonté collective du gouvernement d’afficher une attitude « ferme » pour plaire à la partie la plus réactionnaire de l’électorat. Après l’échec du référendum sur la constitution européenne, l’équipe de Chirac envoie des messages aux électeurs qui ont dit Non par préjugé nationaliste, ou raciste. Sarkozy l’assume clairement : « pourquoi chercherais-je l’électorat du Front National ? Je l’ai déjà. »
Mais cette poussée sécuritaire sert aussi de diversion à un autre aspect de la « nouvelle impulsion » promise par Chirac après son référendum raté : l’attaque contre le droit du travail que mène de Villepin au nom de sa prétendue campagne pour l’emploi.
La mesure la plus provocatrice proposée par le Premier ministre est ce contrat « nouvelle embauche », grâce auquel les patrons pourraient imposer une période d’essai de deux ans à leurs salariés. Deux ans durant lesquels les travailleurs seraient licenciables du jour au lendemain, sans que leur employeur ait à fournir le moindre prétexte. Deux ans durant lesquels ils seraient privés de ce que les conventions collectives accordent aux CDI. Nouvelle embauche ? On nouvelle débauche en faveur du patronat ?
Le gouvernement a d’abord parlé de limiter ces contrats aux « très petites entreprises » (TPE) de moins de dix salariés. Mais il annonce maintenant qu’il va en faire profiter les patrons employant jusqu’à 20 personnes. Borloo, ministre du Travail interrogé sur la question, a répondu par une boutade : « les très petites entreprises, c’est 50, 250 salariés... » De l’humour de ministre, sans doute, mais un aveu des intentions de fond du gouvernement quant au droit du travail.
Les autres mesures gouvernementales sont de la même eau, comme la suppression de la taxe sur les licenciements des salariés de plus de 50 ans. Le prétexte est encore de faciliter l’embauche, alors qu’il s’agit en réalité d’encourager la précarité... et de glisser un cadeau supplémentaire dans la hotte pourtant débordante des cadeaux fiscaux au patronat.
Les deux aspects de la politique du pouvoir chiraquien sont bien liés. Pendant que Sarkozy promet le karcher aux habitants des cités, et manie la xénophobie, de Villepin détricote encore un peu plus le droit du travail. Encore une louche de flics et encore une de précarité ! Le moins qu’on puisse dire est que la défaite de Chirac au référendum n’a pas représenté un recul de sa politique contre les travailleurs !
Mais puisque les urnes ne réservent que ce type de résultat, il va bien falloir essayer autre chose.
Bref, reprendre sérieusement le chemin des luttes collectives.