Convergences révolutionnaires

Site de la fraction L’Étincelle

Accueil > Éditos de bulletins > A bas les régimes très spéciaux !

URL : https://www.convergencesrevolutionnaires.org/A-bas-les-regimes-tres-speciaux

A bas les régimes très spéciaux !

lundi 25 avril 2005

Raffarin pensait couler quelques jours tranquilles à Pékin, faire les risettes d’usage aux bambins mandchous comme aux sinistres dictateurs en place, pour mieux négocier quelques contrats juteux pour des entreprises françaises, et promettre le soutien de la France à la levée de l’embargo sur les ventes d’armes à la Chine. Pour les plus grands profits des Dassault ou Lagardère... Loin des déboires sur le lundi de Pentecôte et autres tracasseries !

Mais manque de bol, un de ses compagnons de voyage attire beaucoup l’attention : l’ex-PDG de Carrefour, un dénommé Daniel Bernard. Ecarté de son poste en février dernier, pour n’avoir pas remonté assez le cours de l’action, ce monsieur est un licencié pas comme les autres. Le groupe Carrefour annonce qu’il lui versera 29 millions d’euros de « complément de retraite », ainsi qu’une indemnité d’un montant de trois ans de salaire, soit 9,8 millions d’euros. Soit au total l’équivalent de 2 514 années de Smic ! En fin de semaine dernière, ces révélations ont fait scandale. Et tout particulièrement parmi les salariés du groupe... qui viennent de faire plusieurs jours de grève fin mars pour les salaires et le pouvoir d’achat, dans plusieurs dizaines d’hypermarchés du pays. Avec des temps partiels imposés payés au Smic, il est clair que la fiche de paye ne pèse pas lourd à la fin du mois. Mais même à plein temps et avec 16 ans d’ancienneté, une caissière ne touche que 915 euros par mois...

Sommé de s’expliquer depuis la Chine, l’ex-PDG ne s’est pas dit choqué par les conditions de départ avantageuses qui lui sont faites. Ce serait la rançon méritée de 13 ans de bons et loyaux services ! A vrai dire, ces « parachutes dorés » et autres « retraites chapeau », font partie de l’univers familier des PDG. De tous les PDG des grandes entreprises, dont les rémunérations officielles ont augmenté en moyenne de 80 % entre 2000 et 2003.

Pour les salariés, foin du sang et de la sueur versés à la tâche. C’est le gel des salaires. C’est les retraites charpies à bientôt 42 annuités. C’est, par-dessus le marché, le jour de travail gratuit que Chirac et Raffarin veulent arracher pour la Pentecôte. Sous prétexte d’aider les vieux, en souvenir de l’hécatombe de l’été 2003, alors que le même gouvernement supprime des lits dans les hôpitaux, tout particulièrement en gériatrie. Mais ce n’est pas gagné pour le gouvernement. La SNCF par peur de la grève, vient de trancher en faveur d’un lundi de Pentecôte qui restera férié pour les cheminots, qui devront néanmoins travailler 1 minute et 52 secondes de plus par jour ! Aux travailleurs, on ne fait pas cadeau d’un sou. Aux PDG, on jette des millions.

Et ces sommes visibles ou occultes offertes aux dirigeants de Carrefour, Total, Alcatel, Crédit Lyonnais, etc. ne sont que le sommet de l’iceberg. Les PDG ne sont que de grands commis de la bourgeoisie, des quasi-larbins d’une ribambelle d’actionnaires et de grandes familles plus anonymes qui se sucrent sur le labeur des autres. C’est ça le capitalisme : l’exploitation, la plus value extorquée, l’accumulation des richesses pour une poignée d’oisifs à un pôle, la pauvreté plus ou moins grande pour ceux qui créent ces richesses, à l’autre.

Toute la presse, à cette occasion, a souligné le caractère « opaque » de ces extorsions de fonds. Les travailleurs sont à mille lieux de mesurer précisément les fortunes de ceux qui les appellent à faire des sacrifices ! Mais ils subodorent néanmoins. Et ce n’est pas pour rien que l’affaire fait scandale. Elle sert de révélateur aux inégalités criantes qui se développent dans la société.

Raison de plus pour oser revendiquer, oser imposer l’augmentation importante des salaires pour tous, l’interdiction des licenciements, l’embauche massive dans les services publics, l’amélioration générale des conditions de travail. En particulier affirmer ce programme à l’occasion du 1er mai.

Ceux qui se félicitent aujourd’hui d’un futur « mai 68 dans les urnes », à propos de la montée des sondages en faveur du Non au référendum, aimeraient précisément que le mécontentement des travailleurs reste enfermé dans des urnes électorales. Rappelons que c’est dans lesdites urnes que mai 68 a été enterré. Mais par les grèves et la rue que ce mouvement a jailli et laissé son empreinte.

A refaire en mieux, sur ce dernier terrain.