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Droit au logement décent, et pas incandescent

lundi 18 avril 2005

L’incendie qui a ravagé dans la nuit du jeudi 14 au vendredi 15 avril un hôtel du neuvième arrondissement de Paris a fait, au dernier bilan, vingt-deux morts dont la moitié d’enfants. Trente blessés sont encore à l’hôpital, cinq dans un état très grave. L’hôtel était en plein cœur touristique de la capitale. A deux pas des Galeries Lafayette et de l’Opéra. Mais c’était un hôtel piteux, pour familles en difficulté.

Accident, nous dit-on. Des enquêteurs vont tenter d’élucider les causes. Mais c’est un sacré culot, de la part des autorités, d’assurer tout de suite que l’hôtel avait passé avec succès les contrôles de sécurité. Le dernier, en mars. Et tout allait bien, madame la Marquise : système d’alarme « adapté à son standing », règlement prétendument respecté.

Mais les 32 chambres prévues pour recevoir au maximum 61 personnes en logeaient 79. Mais le contrôle avait tout de même noté des « améliorations » à apporter dans l’hôtel, aussi importantes que la révision de l’installation électrique pour faire disparaître les prises multiples, douilles et fils volants et changer ces câbles dont les gaines favorisaient la propagation des flammes. La chaufferie à gaz devait elle aussi être révisée. Ainsi que devaient être affichés des plans d’évacuation en cas d’incendie. Mais, plans ou pas, l’unique cage d’escalier a fait effet de cheminée, et c’est faute d’autre issue de secours, que des locataires affolés ont sauté par les fenêtres.

Chirac a exprimé son « émotion » et son « sentiment d’horreur » face à cette catastrophe « douloureuse ». Il est pourtant l’un des premiers à savoir que c’est dans ce genre d’hôtel que les services sociaux de l’Etat hébergent les familles en grande difficulté ou familles d’immigrés en instance de papiers ou de droit d’asile ! Notamment le Samu social à la création duquel il a lui-même présidé lorsqu’il était maire de Paris en 1993.

Car les familles habitant l’hôtel incendié avaient toutes été placées là par des services sociaux, Samu social donc ou mairie de Paris. Cette dernière est fière de ses « Paris-Plage » ou autre tape à l’œil. Mais pour des milliers de familles ouvrières ou de vieux, la mairie de gauche ne fait guère mieux que la mairie de droite du temps de Chirac ou Tibéri. Car ni les uns ni les autres ne veulent réquisitionner ni vraiment taxer les riches.

Faute de logements sociaux, dont la construction nouvelle se réduit, tandis qu’on met en vente une partie du parc existant, ce sont quelque 10 000 personnes à Paris qui sont ainsi placées dans des hôtels du genre de celui qui vient de brûler.

Quatre à cinq cents hôtels constituent le parc de logements d’urgence des services sociaux de Paris et sa banlieue. Du social, certes, mais fort lucratif pour leurs propriétaires, qui se font rémunérer 15 à 20 € par nuit et par personne, soit 900 à 1 500 € par mois pour une seule chambre où on loge entassé, sans possibilité de faire la moindre cuisine. A la charge financière de la famille relogée ou, quand elle ne le peut pas, des organismes sociaux.

Cela a coûté l’an dernier à ces services 108 millions d’euros. Il eut mieux valu les consacrer à la construction de logements sociaux. Mais il n’en est pas question, pas plus que de réquisitionner les logements vacants, nombreux pourtant dans les beaux quartiers, comme le demande l’association Droit au Logement qui a organisé un rassemblement de protestation à Paris lundi soir.

Loger ces familles dans des appartements décents, alors que, chômeurs, ils n’ont plus les moyens de payer un loyer ou que, immigrés, ils n’ont pas encore de papiers et sont menacés d’expulsion, ce serait leur reconnaître le droit de vivre. Les services sociaux se contentent de palliatifs qui rapportent à des margoulins oisifs mais maintiennent dans l’exclusion des familles ouvrières.

Qu’ils soient originaires aujourd’hui de Tunisie ou de Côte d’Ivoire (que le gouvernement et l’armée française considèrent comme leur fief), comme hier de Bretagne ou d’Espagne, à l’époque des chambres dites de bonnes du XVI° arrondissement, ce sont toujours les travailleurs pauvres qui trinquent.

Paris est ville lumière, nous dit-on. Certes. Mais elle ne brille pas des mêmes feux pour tout le monde.