Pour Chirac et Raffarin, y’a pire qu’un non dans les urnes !
lundi 28 mars 2005
Raffarin est inquiet du mécontentement qui se manifeste, sur les salaires. Il est inquiet de la progression du Non dans les sondages, qui reflète davantage le rejet de sa politique que celui d’une constitution européenne que personne n’a lue. La seule parade trouvée est de nous autoriser à casser notre tire-lire, celle de la participation. Sacré cochon !
C’est avec notre argent qu’il propose donc de nous offrir une prime. Et encore, ce déblocage ne s’appliquera pas à la participation des années précédentes, que les patrons pourront garder dans leurs caisses. Et encore, la participation deviendra une prime imposable, mais pour les patrons toujours dégrevée de charges sociales. Une prime dont le montant est des plus aléatoires et ne concerne que les entreprises privées de plus de 50 salariés.
Mais sur les salaires ? Rien !
Après les manifestations du 10 mars, le gouvernement avait promis de nouvelles négociations salariales pour la fonction publique. A la première réunion du 23 mars, il n’a rien proposé, même pas ce petit 1 % présenté par la presse comme une concession possible. Il a remis la suite des parlottes au mardi 29 mars. Pour les salaires du privé, la négociation du 18 mars tenue sous l’égide du ministre aux « relations du travail », Gérard Larcher, a décidé de repousser la question à… dans trois mois. De Pâques à la Trinité !
Gouvernement et patronat jouent la montre, en attendant les congés d’été. Mais les directions syndicales ne sont guère plus pressées, si ce n’est de se précipiter à toutes les tables rondes possibles.
La CFDT est sortie presque satisfaite de chez Larcher en affirmant que la « pression » du gouvernement « conduira le patronat des branches à négocier ». FO et CGT ont dénoncé le refus opposé aux revendications salariales. Mais pas davantage d’annonce d’autres actions et d’un véritable plan de lutte. Et elles n’invitent les salariés qu’à se mobiliser dans les entreprises, disent-elles, pour exiger des négociations salariales. Entreprise par entreprise ? Branche par branche ? Sans mouvement d’ensemble pour créer le rapport de force nécessaire ?
Quant aux hommes politiques de gauche, Fabius, Hollande et autres, qui ont pointé leur nez dans les manifestations syndicales, ils sont obnubilés par le référendum de Chirac, programmé pour la fin mai. Les uns soutiennent le Oui présidentiel. Les autres font croire que la victoire du Non sauverait de la galère. Les uns et les autres tentent surtout de se mettre en pole position pour la course à la présidentielle et aux législatives de 2007.
Depuis le 10 mars, qui a rassemblé plus de 600 000 travailleurs dans la rue, des mouvements de grève éclatent ça et là, qui montrent que les travailleurs ne sont pas prêts à se laisser faire. Des ouvriers de Citroën Aulnay ont mené plusieurs jours de grève parce que des jours de chômage imposé représentaient une ponction de 150 à 200 Є sur leurs salaires. Plus récemment, des employés des magasins Carrefour, à Marseille, Toulouse, Bordeaux ou Caen notamment, ont arrêté le travail, contre des salaires minables. Des cheminots, contre l’introduction d’une forme de salaire au mérite, ou des marins contre l’instauration d’une sorte de pavillon de complaisance français qui permettrait d’embaucher une main-d’œuvre sous-payée au lieu d’obliger les armateurs à rémunérer les marins aux tarifs légaux en France, quel que soit leur pays d’origine.
S’ajoutent des postiers contre les réductions d’effectifs, des urgentistes hospitaliers contre le manque de moyens, alors que la direction des hôpitaux de Paris annonce 1 800 nouvelles suppressions de postes. S’ajoutent aussi, et encore, des lycéens, tenaces, qui continuent à manifester contre la dégradation de l’enseignement prévue par la loi Fillon et le manque de crédits alloués aux établissements, et se retrouveront dans la rue avec les enseignants et parents d’élèves samedi prochain, 2 avril.
Le mécontentement existe. Le pétard est là. A nous de faire qu’il finisse par exploser. Pourquoi pas un nouveau mai 68 ? Chirac, Raffarin et leur comparse Seillière le craignent bien plus qu’ils ne craignent un non dans les urnes.