Du mécontentement général au vrai coup de colère
mardi 15 mars 2005
De 600 000 à un million de travailleurs dans la rue jeudi dernier. Le double du 5 février. Un succès. Et pas seulement par le nombre. Pour la première fois depuis pas mal de temps, les travailleurs du secteur privé étaient là. En particulier dans bon nombre de villes de province. Et ce n’est pas tout. Sans même parler des lycéens, ceux des quartiers populaires en tête, qui se mobilisent depuis des semaines contre l’injustice sociale à l’école, d’autres signes pourraient annoncer un changement de climat social : des grèves locales éclatent, ici pour l’emploi, là pour les salaires, là encore pour l’indemnisation à 100 % des jours chômés, comme la grève des ouvriers du montage à Peugeot-Citroën d’Aulnay sous Bois, qui a démarré il y a plus d’une semaine.
Et ce type de grève pourrait bien se multiplier. Car il y a des limites à ce que peuvent supporter les travailleurs. Ce 10 mars, comme diverses réactions locales, ont de quoi commencer à remonter le moral de l’ensemble des travailleurs, et semer l’inquiétude du côté du gouvernement et des patrons.
La réussite de la manifestation du 10 mars est un bon début. Mais un début seulement. Car il ne s’agirait pas de lâcher le bon bout et de se laisser leurrer par les paroles mielleuses d’un Raffarin et de ses collègues au gouvernement, ni par l’empressement des dirigeants syndicaux autour des tables de négociation.
Les nèfles de Raffarin
Contrairement à ce qu’ont vite annoncé plusieurs dirigeants syndicaux, Raffarin n’a pas « cédé ». En rien. Il s’est contenté, sur son ton patelin habituel, d’annoncer aux syndicats l’ouverture de « négociations » pour la fonction publique tout en incitant le patronat à être compréhensif. Cela n’a pas empêché les dirigeants des différents syndicats, avec des différences de degré dans la servilité, de se précipiter pour participer aux palabres.
Pour le secteur public, Raffarin propose de négocier « un petit coup de pouce » salarial, en échange de la « modernisation » de la fonction publique, ce qui signifie la suppression de dizaines de milliers d’emplois. Presque une provocation !
Pour le secteur privé, il se contente d’encourager les patrons à pratiquer « la participation des salariés aux bénéfices ». Ce qui signifie des primes aléatoires selon le bon vouloir des actionnaires, et l’absence de toute augmentation générale des salaires ! Bref, loin de céder quoi que ce soit, Raffarin tend mollement la main aux représentants des grandes centrales syndicales, en leur proposant de se rendre complices de la continuation de l’offensive gouvernementale et patronale de ces vingt dernières années.
Des palabres ou un plan de mobilisation ?
Le petit discours de Raffarin n’aurait mérité que mépris et sarcasmes de la part des dirigeants syndicaux. Au lieu de quoi les dirigeant de FO et de la CFDT se sont félicités de « l’ouverture » et du prétendu « recul » du gouvernement, et ceux de la CGT, en s’exprimant d’une façon un peu plus prudente, se sont comme les autres précipités pour annoncer qu’ils allaient « négocier », en remettant les plans de mobilisation des travailleurs… à plus tard.
Le 10 mars dernier, les salariés ont montré leur capacité de mobilisation dans la rue. Ils ont également montré qu’ils étaient prêts à répondre ensemble, tous secteurs confondus, aux attaques patronales et gouvernementales. Dans bien des secteurs, les ouvriers, les employés, confrontés à la surexploitation, aux salaires indignes, à l’arbitraire patronal, n’en peuvent plus.
Alors, si les dirigeants syndicaux se laissent amuser par les simagrées des ministres, espérons que les travailleurs qui sont aujourd’hui de plus en plus acculés, vont multiplier les grèves locales et créer du même coup un climat général qui sèmera la panique au gouvernement et chez les patrons, tout en obligeant les grands appareils syndicaux à courir derrière eux, plutôt que de courir autour de la table de Raffarin.
Car si la rue ne gouverne pas encore, la rue comme les grèves pourraient bien faire déguerpir en haut pas mal de monde, tout en incitant ceux qui prétendent représenter les travailleurs à s’en remettre vraiment à ceux d’en bas, et non pas à ceux de la haute.