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L’armée colonialiste complice de la dérive fasciste

lundi 15 novembre 2004

Chirac ose prétendre vouloir « éviter la dérive fasciste » en Côte d’Ivoire. Comme si Gbagbo n’était pas la créature et le protégé des colonialistes français. Comme si l’armée française en Côte-d’Ivoire n’avait pas fermé les yeux devant les massacres d’opposants et les pogroms contre la population des quartiers pauvres il y a quelques mois..

Que Chirac et l’Etat français défendent-ils en Côte d’Ivoire ?

Même pas réellement la vie des ressortissants français. Ceux-ci menaient jusque-là dans ce pays une vie de privilégiés au milieu d’un océan de misère. Aujourd’hui, il sont aussi, à leur façon, des sacrifiés de la politique de l’impérialisme français dans son ex-colonie. Mais le prix payé par les populations africaines de Côte d’Ivoire en est autrement plus élevé.

Les bombardements des villes tenues par les rebelles du Nord avaient fait aussi des victimes – sur lesquelles les médias sont restés bien discrets, ce sont des Africains… – sans que les troupes françaises dites d’interposition n’aient réagi. Si les troupes de Gbagbo avaient été capables d’écraser la rébellion du Nord et de réunifier le pays sous leur botte, sans la « bavure » du bombardement des positions françaises, Chirac et consorts auraient volontiers fermé les yeux sur de nouveaux massacres d’Africains. Car ce ne sont pas les populations que la France défend là-bas, mais l’intérêt de ses capitalistes qui exploitent les richesses du pays. Ceux de Bolloré qui a réalisé d’énormes profits dans le cacao ou le café et contrôle les activités portuaires, ceux du constructeur Bouygues, du pétrolier ElfTotalFina ou de France Telecom et de milliers d’autres entreprises, exploitant directement des centaines de milliers de travailleurs ivoiriens.

L’armée française est-elle intervenue lorsque Gbagbo, pour réprimer une manifestation d’opposants au printemps dernier, a fait des centaines de morts ? Elle n’est pas plus intervenue quand la démagogie sur « l’ivoirité », reprise par Gbagbo à ses prédécesseurs, a dressé les différentes ethnies de la Côte d’Ivoire les unes contre les autres, les chrétiens du Sud contre les musulmans du Nord, ou les « vrais ivoiriens » contre les Burkinabés, les Maliens ou autres prétendus étrangers, s’est traduite par de véritables pogroms, faisant de nombreuses victimes.

La Côte d’Ivoire est aujourd’hui déchirée entre différents dictateurs ou candidats dictateurs, ex marionnettes de l’impérialisme français, en lutte pour le pouvoir. Mais ne soyons pas dupes : la présence française ne consiste pas à imposer la paix. Les dirigeants français ont différents fers au feu et sont compromis dans de sales magouilles avec les différents camps. C’est la présence néocolonialiste française qui a pourri la situation, et le rôle de l’armée française là-bas ne peut que la pourrir encore plus. C’est pourquoi elle n’a rien à y faire.

Malheureusement Gbagbo et ses supplétifs, et aussi les dirigeants de la rébellion du Nord, contraignent ou réussissent à entraîner derrière eux des populations pauvres à s’entretuer pour des intérêts qui ne sont pas les leurs. Malheureusement ils parviennent à le faire en se donnant une image populaire et anticolonialiste, car les méfaits de la présence française leur en fournit l’occasion.

Cela fait plusieurs années qu’il y a effectivement un véritable danger de dérive fasciste en Côte d’Ivoire, au nord comme au sud. Mais les dirigeants français et l’armée française en ont été pleinement complices, comme ils ont toujours protégé les massacreurs.

Il ne peut y avoir de vraie solution sans que les habitants de la Côte d’Ivoire s’unissent, toutes ethnies confondues, pour se débarrasser des exploiteurs impérialistes et de leurs troupes. Et par la même occasion se débarrassent de leurs créatures, les politiciens qui se succèdent au pouvoir, tantôt soumis et complices, tantôt jouant leur propre jeu, mais offrant toujours leurs services aux mêmes. Et nous travailleurs de France devons montrer notre solidarité avec la population de Côte d’Ivoire par une opposition résolue à notre gouvernement et à la présence militaire française là-bas.