200 000 personnes à Gênes… ET ICI, NOUS SOMMES DES MILLIONS
lundi 30 juillet 2001
Le chef du gouvernement italien, milliardaire et roi de la
télé-poubelle, Silvio Berlusconi, commence à être embarrassé par le
bilan du sommet du G8 à Gênes, même s’il avait commencé par soutenir
les responsables de la répression. Après la mort, le 21 juillet, d’un
manifestant de 23 ans, Carlo Giuliani, abattu d’une balle dans la
tête, la police a persisté et signé en saccageant le siège des
contre-manifestants. Des dizaines de témoignages ont raconté les
incarcérations arbitraires, les passages à tabac de plusieurs heures,
des sévices proches de la torture. Bref, « une galerie des horreurs »,
comme a dû le reconnaître un magistrat.
Le gouvernement italien, tout en refusant une mission parlementaire
d’enquête, a donc dû en rabattre un peu. A vrai dire, ce gouvernement
de coalition droite/extrême-droite n’est pas le seul à être gêné aux
entournures. La gauche italienne n’ose pas non plus trop élever la
voix contre la répression … tout simplement parce qu’elle a grandement
contribué à la préparer, avant de céder le pouvoir il y a moins de
trois mois ! C’est même un ministre de l’intérieur de gauche qui avait
concocté le dispositif de « protection » du sommet…
Bref, les matraques génoises n’avaient rien de spécifiquement de droite. Elles rappelaient simplement les fonctions premières d’un Etat bourgeois semblable au nôtre, derrière les façades démocratiques : protéger l’ordre des riches, que symbolisait cette réunion de responsables des huit pays les plus puissants du monde. Défendre cet ordre mondial dans lequel les 225 plus grandes fortunes représentent le revenu annuel des deux milliards et demi des plus pauvres, où la faim ou des maladies qu’on sait guérir depuis des décennies tuent encore des millions de personnes tous les ans, et où l’aumône que les huit « grandes démocraties » font aux pays pauvres pour lutter contre le Sida ne représente que le tiers des dividendes versées en 2001 aux actionnaires de Marks & Spencer.
Cet ordre-là est révoltant. Certes, ce n’est pas à l’occasion de
réunions comme Gênes que les capitalistes prennent leurs décisions
fondamentales. Les grands patrons, dont les choix décident de la vie
de millions de travailleurs ici ou dans le Tiers-monde, n’ont pas
besoin de ces sommets pour imposer leur dictature. Mais ces sommets
symbolisent bien l’ignominie des puissants et les 200 000 personnes
qui étaient à Gênes avaient mille fois raison de manifester leur
révolte. L’importance de cette manifestation internationale montre que
la résignation n’est pas une fatalité, que quantité de gens de par le
monde sont prêts à lutter pour une autre vie que celle qu’on veut nous
imposer partout au nom de la loi du profit. Elle montre aussi qu’il
n’y a pas que la mondialisation capitaliste, mais que la
mondialisation de la contestation est possible, donc que la
mondialisation de la solidarité et de la lutte des exploités l’est
aussi.
Ici, pour les travailleurs, les raisons de se battre ne manquent pas,
et d’abord la vague des quarante mille licenciements annoncés depuis
avril, plus les quarante mille autres annoncés pour le monde fin
juillet. Les jeunes contestataires, venus de différents pays, ont
réussi une impressionnante manifestation à Gênes qui, à sa façon, a
valeur d’exemple. Cela signifie que les travailleurs pourraient
également engager un mouvement bien plus profond, irrésistible, un « tous ensemble » qui aurait d’immenses répercussions ici comme
ailleurs, qui donnerait également des idées aux travailleurs des
autres pays. Un mouvement capable d’entraîner toutes les couches
populaires de la société et dont les échos au-delà des frontières
donneraient des sueurs froides non seulement à nos Jospin ou Chirac
bien de chez nous, mais à tous les Berlusconi, Poutine, Koisimi, Bush
et autres commis des grands patrons des multinationales. Bref, un
mouvement véritablement capable d’ébranler le monde des puissants. Il
faudra bien que la mondialisation des lutte ouvrières, le raz de marée
de la riposte des exploités, commence quelque part !