Chirac Jospin, même programme même combat
lundi 25 février 2002
Jospin a accompagné sa déclaration de candidature d’un solide aveu : « le projet proposé au pays n’est pas un projet socialiste ». Ce n’était pas un scoop. Cela fait quand même cinq ans qu’on pratique Jospin et plus longtemps encore qu’on a expérimenté la gauche, plurielle ou pas. Jospin c’est les 35 heures sans embauche mais avec la flexibilité, les licenciements massifs sans la moindre intervention gouvernementale pour les interdire, les suppressions d’emploi et le développement du travail précaire dans les services publics, les emplois jeunes sans aucun avenir, le PARE pour imposer aux chômeurs des emplois déqualifiés, des minima sociaux bloqués, des Smicards et des retraités dont les revenus ne suivent même pas la hausse réelle des prix. Et dans cette liste sûrement incomplète, il faut mentionner encore le niveau record de privatisations et une kyrielle de cadeaux au patronat.
Quant aux annonces de Jospin lors de sa déclaration de candidature, elles ne sont pas faites pour rassurer. Telle cette conférence nationale pour « réformer » les retraites, dont il se garde de préciser le contenu avant les élections pour ne pas risquer de se retrouver dans la situation de Juppé il y a 5 ans. Il a en revanche préparé le terrain contre le système de retraite par répartition par l’introduction progressive des fonds de pension sous la forme de « l’épargne salariale ». Il se défend d’envisager la privatisation de l’EDF mais déclare vouloir... ouvrir le capital au privé de façon « maîtrisée » ! Quant au chômage, si Jospin veut porter à son actif le recul dans la première partie de sa législature, c’est la conjoncture internationale qu’il accuse de sa nouvelle augmentation. « Il faudrait se former toute sa vie » trouve-t-il comme palliatif de ce fléau. Une belle jambe pour les salariés licenciés de Lu, Moulinex, etc. et pour les jeunes à la recherche d’un emploi !
Chirac dans ces conditions peut bien se payer le luxe de ressortir sa formule de la « fracture sociale », relevant que la pauvreté s’est accrue en France après des années de croissance et de prospérité. Et Chirac de réclamer par ailleurs une répression implacable de « la moindre infraction si légère soit-elle » et la nécessité de « l’impunité zéro ». Il sait de quoi il parle, lui qui malgré toutes les affaires n’a pas encore vu un juge ! Chevènement, ancien ministre de l’intérieur de Jospin, et Jospin lui-même, se plaignent que Chirac leur ait volé leur programme sécuritaire. Ils utilisent effectivement tous les craintes d’une montée de la violence comme tremplin électoral, sans engager la moindre action réelle contre les causes de l’insécurité.
Jospin ne se démarque ainsi de Chirac qu’en affirmant que lui au moins applique le programme de son adversaire ! On ne peut mieux avouer que la gauche fait la politique de la droite ! Dans ces conditions, le dernier sondage indiquant que les trois quarts des personnes interrogées ne voient pas de différence entre les programmes de Chirac et de Jospin n’est pas surprenant.
Robert Hue s’est senti obligé de réagir à la profession de foi « non socialiste » de Jospin en demandant « une autre politique de gauche ». Mais après cinq ans de participation gouvernementale, le candidat du PCF propose de remettre ça. Il est pourtant bien incapable de nous expliquer qu’est-ce que l’on a gagné à avoir des ministres communistes si ce n’est d’avoir fourni une caution à la politique de Jospin.
Tous ces politiciens n’ont d’autre souci que de voir les patrons assistés avec les milliards du budget, les entreprises encouragées à multiplier leurs bénéfices. Le temps de la campagne électorale, ils aimeraient pourtant bien se faire passer pour nos défenseurs. A d’autres !
Si nous avons à nous prononcer, ce doit être pour un programme de riposte des travailleurs, exigeant l’interdiction des licenciements, la fin du travail précaire, les créations d’emplois dans les services publics, l’augmentation générale de tous les salaires, retraites et minima sociaux, la défense de la retraite par répartition. La candidature d’Arlette LAGUILLER permettra de s’exprimer sur ces mesures d’urgence, de se compter, et de se sentir ainsi plus forts et plus nombreux pour les imposer par la lutte.